191 Épargne, systèmes de financement et développement économique en Afrique : une alternative post-keynésienne Par Kof f i SODOKIN Laborat oire d’ économie et de gest ion Universit é de Bourgogne (France) Koffi.Sodokin@u-bourgogne.fr Nous proposons dans cet t e communicat ion une al t ernat ive aux mécanismes int ernes de l ’ accumul at ion dans l es pays ouest af r i cai ns de l ’ UEMOA 1 en mettant l’accent sur le concept de fonctionnalité, qui redéfinit le concept d’ ef f i ci ence du syst ème f i nanci er 2 au regard du processus de développement économique. Un syst ème f inancier peut êt re considéré comme ét ant f onct ionnel pour l e dével oppement économique l orsque celui-ci cont ribue à accroît re l’ ut ilisat ion des ressources exist ant es de manière dynamique, et non de mani èr e st at i que. Cet t e f onct i onnal i t é cont r i bue à pr éveni r l es r i sques de vul nér abi l i t é du syst ème f i nanci er et de dét ériorat ion des balances de paiement s suscept ibles de saper le processus de croissance économique pour des raisons purement f inancières. Nous ut ilisons dans ce papier le modèle st ock-f lux et la mat rice des f lux d’ opérat ions f ondés sur le canal Finance-Invest issement -Epargne (FIE) développé par Godley et Cripps (1985) et qui int ègre le processus de mult iplicat ion de la f inance, pour mont rer comment l’ épargne peut êt r e génér ée à t r aver s l a cr éat i on de r evenus. Int roduct ion D’ après les analyses t radit ionnelles du lien ent re la finance et le développement économique, l’ épargne est la pré-condit ion de l’ invest issement product if et de la croissance économique, donc du développement économique. En effet, le lien entre le développement financier et le développement économique a été reconnu dans la lit t érat ure économique depuis une t rent aine d’ années. Gurley et Shaw (1955), Goldsmit h (1969) en furent les précurseurs. Explicit ement ou implicit ement , on ret rouve chez ces aut eurs l’ idée qu’ un système financier efficient active la croissance économique tout en l’ orientant. Pour ces aut eurs, la principale cont ribut ion du syst ème financier à la croissance économique repose sur le fait que ce dernier permet d’ assurer le fonctionnement d’ un système de paiement efficace et évolutif, qui mobilisent l’ épargne et améliorent son affectation à l’ investissement grâce aux taux d’ intérêt réels positifs. Le modèle à double déficit (Chenery et St rout , 1966) préconise que l’ épargne ext erne condit ionne le développement économique si le déséquilibre épargne-invest issement et le déséquilibre import at ion- export at ion peut êt re comblé. Sur le plan int erne, il s’ agit selon les aut eurs d’ accumuler l’ épargne nécessaire pour financer l’ investissement interne, et sur le plan externe, il s’ agit de trouver les ressources nécessaires pour financer le déficit de la balance des paiement s. L’ hypot hèse de l’ épargne préalable est également présent e dans les modèles de la libéralisat ion financière développés par R. Mckinnon (1973) et E. Shaw (1973). Ces modèles est iment qu’ on peut accroît re le niveau de l’ invest issement int erne en st imulant l’ accumulat ion de l’ épargne int erne grâce aux t aux d’ i nt érêt réels posit ifs et une incit at ion à la concurrence ent re les inst it ut ions de financement . Les mesures de polit ique économique qui émergent des conclusions de ces modèles sont relat ives au processus de déréglement at ion ou de dérégulat ion financière. Dans la maj orit é des pays africains, cet t e polit ique a ét é mise en oeuvre à t ravers les fameux Programmes d’ Aj ust ement St ruct urel au début des années 1980. Les résult at s escompt és rest ent cependant t rès mit igés 3 . Le système financier n’ a sans dout e pas j oué le rôle qui est le sien dans le financement de l’ invest issement product if en Afrique Subsaharienne en part iculier. La problémat ique du financement de la product ion par l’ accumulat ion de l’ épargne demeure un casse-t êt e pour les décideurs de polit iques économiques des pays considérés. Ét ant donné que le niveau de la product ion est t rès faible dans ces pays, et celui du revenu des ménages aussi, 1 L’ UEMOA est l’ Union Economique et Monét aire Ouest Africaine. Elle est composée du Togo, le Sénégal, la Côt e d’ Ivoire, le Burkina-Faso, le Bénin, le Niger, le Mali et la Guinée Bissau. 2 Le syst ème financier des pays africains est considéré dans la lit t érat ure économique comme ét ant dualist e avec la présence d’ un syst ème financier formel et d’ un syst ème financier basé sur les micro-financement s généralement qualifiés de syst ème financier informel. 3 Voir Rapport de l’ OCDE sur la Réforme du Système Financier en Afrique.