N.A.B.U 2017/1 (mars) – 32 – 19) De la dénomination des reines en Babylonie séleucide — Dans l’ensemble du corpus cunéiforme de la période hellénistique la reine séleucide est désignée soit en tant qu’épouse du souverain avec le sumérogramme DAM 1) (akk. aššatu) 2) soit en tant que reine avec GAŠAN 3) ou NIN (ou EREŠ) 4) (akk. šarratu) 5) . Le cylindre de Borsippa fait cependant exception puisqu’il mentionne syllabiquement le statut de la reine Stratonice en tant qu’épouse et reine : ii. 26-27 f As-ta-ar-ta-ni-ik-ku ḫir-rat-su šar-ra-at. Le journal astronomique daté de 253 av. J.-C., qui annonce la mort de la reine Stratonice à Sardes, connaît deux versions. Dans l’une des versions (B 1 = BM 34105+41901+42041), Stratonice est mentionnée comme suit (Ro. 6’): [ f as]-ta-rat-ni-qé GAŠAN « la reine Stratonice » 6) . Dans le duplicat (A 1 = BM 45840+45945), on lit la restitution suivante (Ro 11’): [ f as-t]a-rat-ni- qé-e M[Í.LUGAL …] « la r[eine] Stratonice ». C’est la lecture proposée par Sachs et Hunger 7) et qui est adoptée dans le commentaire par DEL MONTE (1997 : 41). Cependant MÍ.LUGAL n’est jamais attesté à l’époque séleucide pour mentionner la reine. Or, le début du signe encore visible sur la tablette grâces aux photographies, identifié comme SAL, permettrait de restituer le signe NIN (plutôt que DAM). Cette proposition de restitution pour BM 45840+45945 (= SH 81-7-6,264+382) à la ligne 11’ trouverait un parallèle avec le texte qui mentionne l’annonce de la mort de la reine Laodice, daté de 181 av. J.-C. (Del Monte 1997 : 70). En effet, dans ce dernier on lit : Vo 7 ˹ITU BI UD.7 na-áš˺-mu šá f lu-di-q[é-e] 8 DAM m si-lu-ku LUGAL a-na m si-lu-ku LUGAL lú D[AM-šú] 9 a-na uru si-lu-ki-’a-a šá muḫ-ḫi íd [IDIGNA] 10 u ÍD LUGAL DU ku si-ip-du u bi-ki-tu 4 ina lìb-bi 11 il-tak-nu-ú UD.9.KÁM na-áš-mu-ú 8) ina E ki it-t[e-eš-me] 12 um-ma NIN sim-tu 4 ub-til u lú UN meš KUR X X 13 u UKKIN šá É.SAG.GÍL šá la X X X « ˹Le 7 de ce mois˺, une ˹ru˺meur au sujet de Laodice, l’épouse du roi Séleucos, au roi Séleucos, [son] ép[oux], arriva à Séleucie qui est au confluent du Tigre et du Canal Royal ; on organisa à ce sujet deuil et déploration. Le 9, la nouvelle fut apprise à Babylone (en ces termes): « La reine est morte » et les hommes du pays…et l’assemblée de l’Esagil qui …ne pas… ». Dans une phraséologie identique au journal astronomique de 253 av. J.-C. (B 1 = BM 34105+41901+42041), où le verbe šemû indique que l’information était lue dans les rues de la ville, on trouve deux sumérogrammes pour désigner Laodice, l’épouse de Séleucos IV : DAM (ligne 8) et NIN (ligne 12). Lorsque le verbe šemû est suivi de la particule umma (voir ligne 12 ci-dessus) qui introduit le discours direct annonçant le décès, on remarque ainsi que le sumérogramme pour désigner la reine devait être NIN ou GAŠAN. Autrement dit, c’est bien le statut de reine et non d’épouse qui est alors souligné, et c’est le titre de reine qui était crié dans les rues. C’est pour cette raison, et aussi du fait que le début du signe conservé à la ligne Ro. 11’ de A 1 (= BM 45840+45945) interdit une lecture GAŠAN, que nous pensons devoir restituer NIN et non MÍ.LUGAL 9) . 1) Dans un journal astronomique daté de 273 av. J.-C. et publié par DEL MONTE (1997: 27-28). 2) CAD A2 s.v. aššatu (o). 3) Dans un journal astronomique de 254 av. J.-C., on mentionne qu’il a été entendu (l’information devait avoir été lue dans la rue) que Stratonice était morte. Cf. un autre journal daté de 141 av. J.-C., soit durant le règne arsacide de Mithridates I, qui mentionne le roi et la reine séleucides: [… m a]n-ti-’u-uk-su f lu-di-qé-e GAŠAN ([…A]ntiochos et Dame Laodice), voir DEL MONTE (1997: 103-104). À noter qu’il pourrait s’agir d’une tradition arsacide de présenter la reine dans ce cas. 4) Dans un journal astronomique de 181 av. J.-C., publié par DEL MONTE (1997 : 70) : Vo 12 : um-ma NIN šim-tu₄ ub-til u lú UN meš KUR XX 5) Il faut préciser que nous ne traitons pas des attestations concernant Laodice (II), première épouse d’Antiochos II, puisque son statut royal est débattu, voir MARTINEZ-SÈVE (2003 : 690-706) ; pour les questions liées à la titulature des reines et les dénominations dans ce corpus, voir Marie Widmer, La construction des identités