THÉMATIQUE À TAPER
REVUE FRANCOPHONE DES LABORATOIRES - AVRIL 2008 - N°401 // 47
APPROCHE INDIRECTE DU DÉPISTAGE DU DOPAGE
Dopage à l’hormone de croissance
dans le sport
Martial Saugy
a,
*, Sylvain Giraud
a
, Pierre-Edouard Sottas
a
, Neil Robinson
a
a Laboratoire suisse d’analyse du dopage
Institut de médecine légale
Hôpital Universitaire – CHUV –
Université de Lausanne
Chemin des Croisettes 22
1066 Epalinges – Suisse
* Correspondance
Martial.Saugy@chuv.ch
article reçu le 9 janvier, accepté le 30 janvier 2008.
© 2008 – Elsevier Masson SAS – Tous droits réservés.
RÉSUMÉ
Le dopage à l’hormone de croissance (GH) reste un problème majeur
dans le sport de haut niveau actuel. Cette hormone est sur la liste des
produits interdits de l’AMA. Elle a été introduite dans les interdictions dès
que sa forme recombinante a été commercialisée au début des années
90. La majorité des expériences contrôlées effectuées avec des doses
supra-physiologiques d’hormone de croissance recombinante n’ont à ce
jour pas montré d’effet signiicatif sur le volume de d’activité physique
d’un sportif. Cependant, les saisies, faites notamment par la police ou les
autorités douanières de divers pays sur des continents différents, montrent
bien l’intérêt encore très actuel pour ce produit par les athlètes de haut
niveau. Le haut degré d’identité entre les formes endogène et recombi-
nante de l’hormone fait que la détection de son abus est très dificile. De
plus, de par sa sécrétion très pulsatile et une variabilité inter-individuelle
très importante, l’approche purement quantitative de sa concentration
sérique chez le sportif n’est pas utilisable comme telle. Actuellement,
pour la détection du dopage à l’hormone de croissance, deux approches
différentes sont proposées par les scientiiques. La première est basée
sur la combinaison de plusieurs paramètres spéciiques de la cascade
biologique affectée par des applications de l’hormone. Cette approche
est appelée l’approche indirecte. La seconde, appelée de manière sim-
pliicatrice l’approche directe, consiste à mesurer les différentes formes
circulantes de l’hormone par un test immunologique appelé « permissif »
ou « pituitaire » et comparer leur quantité globale à celle correspondant à
l’hormone de croissance recombinante (r-hGH) correspondant à la molé-
cule de 22Kdalton.
GH – dopage – sport – athlète – abus.
SUMMARY
Growth hormone doping in sport
Doping with recombinant growth hormone (GH)
has become a major problem in sports during
the last 10 to 15 years. This hormone is in the
list of forbidden compound in sports since the
availability of its recombinant form was improved
(beginning of the nineties). This hormone has a
fairly good reputation among some athletes, al-
though its effectiveness is still not proven in en-
hancing the physical performances. Most of the
experiences performed with supra-physiological
dosage of recombinant HGH did not show any
signiicant effect on the workload of the athlete.
Nevertheless, many police seizures the last years
showed the very high interest from the top level
athlete population for this compound. It can be
assumed that the compound is not only used for
its potential anabolic effect on the muscle growth,
but certainly in combination with other products
like androgens, erythropoietin and insulin,
The high degree of identity between the endo-
genous and the recombinant form of GH makes
the detection of doping quite dificult. Beside
that, the pulsatility of growth hormone secretion
and important inter-individual variability make
the quantitative approach non-usable. Nowa-
days, two different approaches are proposed
to overcome this problem. One is based on the
combination of several parameters measured in
the biological cascade affected by the applica-
tion of GH. This is called the indirect method of
detection. The second called direct method is
based on the measurement with immunoassays
of the difference between the circulating forms
of GH and the recombinant represented by the
unique 22kdalton molecule.
GH – doping – sport – athlete – abuse.
1. Introduction
L’hormone de croissance (GH) est une hormone peptidique
naturelle sécrétée par l’hypophyse [7]. Bien qu’il existe
plusieurs formes de cette hormone dans le lux circulant,
le principal représentant de ce peptide est composé de
191 acides aminés, stabilisés par 2 ponts di-sulfures et dont
le poids moléculaire atteint 22 KDa [13, 15]. Avant l’avène-
ment de la biotechnologie et ses techniques recombinantes,
la seule source d’hormone de croissance humaine utilisable
en thérapeutique était celle extraite des hypophyses de
cadavres. Mais divers cas de contraction de la maladie
de Creutzfeldt-Jacob par des patients traités avec cette
forme d’extrait hormonal ont rendu cette utilisation obsolète.
Dès la in des années 80, l’hormone de croissance humaine
recombinante (r-hGH) a été développée et elle a été utilisée
chez des patients présentant une déicience hypophysaire
avec d’excellents résultats en termes de croissance osseuse