http://www.monde-diplomatique.fr/2001/10/RAFFIN/15668 OCTOBRE 2001 - Pages 26 et 27 MÉLANGE DES DISCIPLINES ET DES STYLES ARTISTIQUES Espaces en friche, culture vivante Dans de nombreuses villes d’Europe, quadrillées par les aménageurs, de petits groupes d’individus avides d’innovation culturelle entendent échapper au formatage des industries comme des institutions. S’étant emparés des seuls espaces laissés vacants, les friches industrielles ou marchandes, les casernes et les hôpitaux désaffectés, ils substituent des logiques de participation et d’engagement aux logiques de consommation et de contemplation culturelle, toutes deux marquées par une certaine passivité. Les oeuvres et les spectacles révèlent préoccupations sociales, intentions politiques et dimension festive. Par Fabrice Raffin Au début des années 1970, dans toute l’Europe qui sort d’une période fortement contestataire, de petits groupes d’individus entendent en finir avec des formes de diffusion et de créations culturelles que l’on résume à l’époque sous le vocable de culture bourgeoise. A Bruxelles, à Amsterdam et à Berlin notamment, ils revendiquent des espaces au coeur des villes, où ils pourraient assouvir leurs envies de cultures foisonnantes, libérées des canons de l’art, inscrites dans le quotidien et les préoccupations des populations. « Le lieu existe plus fort que le spectacle et les gens plus forts que le lieu, estime Jo Dekmine, directeur du Théâtre 140 et fondateur des Halles de Schaerbeek à Bruxelles, le spectacle est un feu ouvert, pas une finalité. » Pour Dekmine, on viendrait dans ces lieux sur une impulsion. « On pourrait s’asseoir où l’on veut, changer de place, s’étendre même si on est fatigué, emporter son verre de bière ou de limonade, fumer sa cigarette. Une sorte de place publique où rien n’interdirait qu’un guitariste se mette à jouer dans un coin ou qu’un petit orchestre improvise un bal populaire. Le marché doit avoir sa pharmacie perpétuellement de garde, la librairie où l’on peut acheter une gazette à 10 heures du soir ou un tableau ou une orange à minuit, l’Espagnol qui fait des gambas, le boucher musulman qui cuit le méchoui. » Il y avait peut-être quelque provocation utopique à revendiquer ainsi des morceaux de ville pour développer de tels projets. Leurs demandes