INTRODUCTION Le cuivre a joué, et joue encore, un rôle important tant économique que symbolique dans diverses régions d’Afrique. En Afrique centrale particulièrement, il avait une valeur comparable à celle de l’or dans d’autres régions du monde et le contrôle de ses gisements fut un enjeu pour de nombreuses entités politiques. Il sembla avoir été utilisé seul, sans alliage jusqu’à l’arrivée des laitons et bronzes européens et était principalement diffusé sous une forme semi�inie. Cette dernière peut se présenter sous un large répertoire formel (ig. 1), que ce soit le lingot « classique » mais aussi la croisette dans le sud de l’Afrique centrale, ou le ngele dans la zone kongo. Par souci de simplicité, j’utiliserai le terme générique de « lingot » quand je ne me référerai pas à une forme particulière. Cette étude de cas est consacrée à ce type d’objets, mais il est nécessaire de garder à l’esprit que ce n’est pas la seule forme de diffusion du cuivre. Le métal peut également circuler, par exemple, sous la forme de il, d’objets inis comme des bracelets, voire comme minerai. L’étude de ces objets peut apporter diverses informations, aussi bien sur l’histoire économique ou politique que sur la reconstitution des connaissances et procédés métallurgiques. Un lingot étudié isolément n’apporte que peu d’informa� tions, tout au plus nous donne�t�il l’indice de l’utilisation du cuivre en un lieu et une époque donnés et, éventuelle� ment, des informations sur sa fabrication. Pour aborder les questions de recherches concernant la morphologie ou la diffusion des lingots de cuivre, il est nécessaire de disposer d’un ensemble de pièces, que ce soit au niveau d’un site ou, le plus couramment, au niveau régional ou suprarégio� nal. Par ailleurs, pour aborder des questions concernant les techniques de fabrication, l’objet devra être pris comme part intégrante de la chaîne opératoire et donc étudié comme une étape au sein du processus. Ici, il s’agira surtout d’étudier des lingots dans la perspective de la première question � la diffusion. Les données utilisées dans ce genre d’étude viennent principalement de l’archéologie mais peuvent également être complétées par des sources historiques ou anthropologiques. CATALOGUER ET ANALYSER LES DÉCOUVERTES Comme tout objet archéologique, le lingot doit être docu� menté (description, photo, dessin, contexte, etc. � voir le cha� 1 Fonds de la Recherche Scientiique � FNRS, Université libre de Bruxelles et Musée royal de l’Afrique centrale, Belgique. pitre ad hoc). Ensuite, à l’instar de ce qui se pratique pour la céramique, l’étude peut porter sur des caractéristiques de l’objet telles que la forme, le poids et la taille. Quand une classiication concernant le type de lingot existe déjà, il est préférable de s’y référer pour éviter toute multiplication inu� tile de « groupes ». Dans le cas contraire, on en élaborera une nouvelle; le principe du « qui se ressemble s’assemble » étant généralement le plus commode. Attention cependant, certaines formes simples, comme les barres, peuvent être en usage dans des régions éloignées sans pour autant être le fruit d’un contact. Dans ce cas, le poids et la taille pourront être des éléments discriminants. À ce stade de l’analyse il est possible de repérer une éventuelle standardisation des objets suggérant un contrôle de la production à une certaine échelle (locale, régionale, suprarégionale, etc.). Cette étude peut également mettre en avant une évolution de la forme selon les lieux et les époques. S’il s’agit d’ensembles où tous les types n’ont pas été retrouvés en contextes archéologiques, comme, par exemple, lors de ramassages de surface, cela permet d’émettre l’hypothèse d’une chronologie relative. L’étude des croisettes en cuivre d’Afrique centrale et australe par de Maret (1995) constitue un bon exemple de ce type d’analyse. Dans cette étude, Pierre de Maret met en évidence une évolution de la forme des croisettes au il du temps (ig. 2). Selon ce schéma, il émet l’hypothèse que des lingots non datés, les types Ia et HI, aient pu être les « ancêtres » des croisettes HIH en raison de leur forme. Par ailleurs, il constate une standardisation de ces lingots au il du temps (de Maret 1981), en étudiant la taille et le poids ÉTUDE DE CAS � LINGOTS DE CUIVRE EN AFRIQUE CENTRALE Nicolas Nikis 1 N. Nikis. Étude de cas : lingots de cuivre en Afrique centrale 197 Fig. 1. Exemples de lingots de cuivre. 1. Croisettes HIH (haut), HX (mi� Exemples de lingots de cuivre. 1. Croisettes HIH (haut), HX (mi� lieu) et HH (bas), dépression de l’Upemba (Katanga, RDC) ; 2. Ngele, Makuti (région de Mindouli, Rép. du Congo) ; 3. Lingots, Nkabi (région de Mindouli, Rép. du Congo) ; 4. Croisettes HH liées par une ibre or� e Mindouli, Rép. du Congo) ; 4. Croisettes HH liées par une ibre or� ganique, Dépression de l’Upemba (Katanga, RDC) ; 5. « Trésor » de croisette HH (Katanga, RDC).