Recteur Gêrard-François Dumont, pr of ess eur a I'univ ersitê de P aris- S orb onne, pleiident delarevue Population et Avenir* L EST couRANT de brocarder les projectionsdémo graphiques réa- lisées dans le passé, en consta- tant leurs différences avecles don- néesconstatées. Une telle attitude prouve tout simplement une mécon- naissance, largement partagée, de la science de la population. En effet, d'une part, desprojections démogra- phiques n'ont pasI'ambitionimpos- sible de fournir des prévisions, mais sontseulement des perspectives condi- tionnelles directement dépendantes des hypothèses retenues. Lorsque ces dernières conduisent à des résultats inacceptables,'elles ont pour objet d'inciteriessociétés à prendre lesdéci- sions permettant d'empêcher leurs réalisations selon le précepte " pré- voir pour ne pasvoir" de mon maître et ami Alfred Sauw. D'autre part, I'utilité d'uneprojec- tion ne tient pasà sacapacité à décrire un futur par natureimprér,'rsible, mais à foumir une base de réference perrnet- tant ensuite de mieux comprendre les évolutionsen comparant le réel avec le projeté. Le véritable problèmedesprojec- tions conduitesen France, principa- lementpar I'Insee, estailleurs : il tient au fait que la qualitéd'une projection dépend d'unebonne connaissance de la situation de départ. Or, compte tenu de I'absenced'un système permanentd'observation des migra- MARS 2OO5 - LA IAUNE ET LA ROUCE tions,internes commeintemationales, et'dela détérioration du système statis- tique français, la connaissance démo- graphiquede la situation de départ estlargement insuffisante. C'est ainsi' que nous avonspu calculerà l'éche- lon national,puis à celui desrégions et desdépartements, un chiffrescien- tifiquement incontestable de ce que nous avonsdésigné " les disparusdu recensement ",I. Pourtant,les données résultantdu demier recensement de la population de la France n'ont fait l'objet d'aucun ajustement statistique, méthode pour- tant couramment pratiquée dans nombre de pays européens, d'où diverses conséquences, comme une nettesurestimation de la fécondité de la France depuis1999. Dans ses pro- jections réalisées en 2003 2, I'Insee se fonde d'une part sur la population sous-estimée telle qu'elle résulte du dernierrecensement de L999,d'autre part sur une définition des hlpothèses migratoires qui prend en compte "les disparus de recensement ", ce qui conduit à dresser des projectionsà paftir de données de départ incohé- rentesentre elles. Ces réserves étant faites, l:urrulyr. des projections disponibles, de I'Insee d'une part, de la division population des Nations uniesd'autre part, pennet de distinguerpour 2050 deséléments de certitudes et desaléas. La certitude dela " gérontocroissance " . Ii3 quasr-certitude provient de la duréMe 1a vie humaine en France. Saufcatastrophes majeures, dues à des guerres meurtrières, à de graves risques naturels, à une faillite du système sanitaiIe ou à descomporte- mentsmortifères des populations, les personnes âgées de 45 ansou plus en 2050 et,afortion, celles de 60 ansou plus, sont toutes déjànées. Dans I'hy- pothèse d'un maintien durablede l'es- pérance de vie, lapyramide dêsâges 2050 de ces générations ayant alors 45 ans ou plus peut êtreprojetée. Ses effectifs ne peuvent se modifier que sous deux effets : l'évolutiondesquotients de mortalité aux âges considérés et les migrations. Z q (, F z J Z p o o