ISTINA LXI (2016), p. 201-212 Les débuts de la collaboration entre les Églises orientales orthodoxes au XX e siècle Dietmar W. WINKLER Dans l’histoire de l’Église et dans celle des dogmes, on désigne, depuis des siècles, les Églises qui ont rejeté la définition de Chalcédoine (451) entre autres comme monophysites, miaphysites, pré- ou antichalcédoniennes 1 . De nos jours, sous l’influence de la terminologie du COE, leur désignation comme « Églises orientales orthodoxes » s’est imposée et elle est devenue usuelle dans le cadre de dialogues œcuméniques. Il s’agit de l’Église copte-orthodoxe d’Alexandrie, de l’Église syrienne orthodoxe d’Antioche, de l’Église arménienne apostolique avec ses deux catholicossats d’Etchmiadzine et de Cilicie, de l’Église orthodoxe éthiopienne, de l’Église malankare orthodoxe et de l’Église érythréenne orthodoxe. L’opposition à Chalcédoine fut avant tout le fait des Églises d’Alexandrie et d’Antioche. C’est ainsi que l’Église copte orthodoxe est issue de l’ancien patriarcat d’Alexandrie, à la juridiction duquel se rattachaient aussi à l’époque les Églises d’Éthiopie et d’Érythrée. L’Église syrienne orthodoxe est l’une des héritières du patriarcat d’Antioche et de sa tradition syro-araméenne, dans laquelle se situe également l’Église orthodoxe de l’Inde. Aux temps des disputes christologiques, l’Église arménienne, située majoritairement hors des frontières de l’Empire romain, n’avait pas pu participer au concile de Chalcédoine du fait des conflits guerriers entre la Perse et l’Arménie (Bataille d’Avarayr 451). Les évolutions historiques de l’Égypte, de la Grande Syrie, de la Cappadoce et du Caucase sont si complexes qu’on ne peut pas les évoquer ici. Il est dès lors intéressant de relever que ces Églises ont commencé à développer une identité commune dans le cadre du mouvement œcuménique alors que leurs langues, leurs littératures, leurs spiritualités et leurs liturgies sont si différentes. On se propose ici une reconstruction historique de la manière dont ces Églises, qui ont surtout pour référence commune l’opposition à D. W. WINKLER est professeur de Patrologie et d’histoire de l’Église à l’Université de Salzbourg. Président de la section de Salzbourg de la fondation Pro Oriente. Traduction Hervé LEGRAND pour ISTINA. 1. Voir D. W. WINKLER, « Miaphysitismus. Anmerkungen zur ökumenischen Sinnhaftigkeit eines Neologismus », Cristianesimo nella storia 37 (2016), p. 19-29.