105 « Il est clair que je suis hypocondre vaporeux, et peut-etre pis encore ». De l’agentivité des malades impatients du D r Tissot (1728-1797) ALEXANDRE KLEIN Université d’Ottawa L e 14 mai 1774, monsieur Vauvilliers, âgé d’environ 35 ans, gouver- neur d’enfant et secrétaire d’un certain monsieur de Lamoignon, écrit, depuis la terre de Baville à Arpajon où il réside, un courrier au médecin lausannois Samuel-Auguste Tissot (1728-1797) en vue d’obtenir des remèdes pour « trouver la guerison ou le soulagement des maux [dont il] soufre depuis longtemps 1 ». Pour ce faire, il raconte sur huit feuillets les épisodes qui jalonnent « l’histoire de [s]a santé », qui était « bonne jusqu’à 17 ans 2 », mais qui s’est depuis dégradée. Maux de tête, problèmes de digestion, douleur à l’épaule, colique d’entrailles, vapeurs, engourdis- sement de diférents membres, sufocations, vents, serrements, mais aussi idées noires et tristes, telles sont les afections qui depuis sa jeunesse l’ont atteint et dont il continue encore, pour certaines, à soufrir, malgré les consultations et les traitements proposés par plusieurs soignants. Récemment convaincu par un charlatan dénommé Printemps, qu’il avait pour tout mal « une petite exulceration dans le canal de l’esophage et que l’humeur qui en decouloit était la cause de tous [s]es maux en irritant la membrane nerveuse de l’estomac 3 », il soumet à Tissot, à la in de son courrier, l’idée qu’il s’est inalement faite de son propre cas, ain que celui-ci lui conseille des traitements adaptés : 1. Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne (BCUL), Fonds Tissot (FT), IS/3784/II/144.02.04.26, Baville, 14 mai 1774, p. 01. 2. Ibid., p. 02. 3. Ibid., p. 08.