Le Manuscrit:Frédérick Madore, La construction d’une sphère publique musulmane en Afrique de l’Ouest, Québec, Presse de l’Université Laval, 2016, 208 pages. Christine Chevalier-Caron Université du Québec à Montréal Constatant que l’Islam en Afrique subsaharienne a, jusqu’à tout récemment suscité peu d’intérêt comparativement à celui, voire ceux, pratiqué en Afrique du Nord et au Moyen-Orient[1] , l’historien Frédérick Madore a porté son attention à la forte progression de cette religion à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, de l’avènement de l’indépendance à aujourd’hui. Alors que seulement 20 % des Burkinabés-es était de confession musulmane en 1959, ce serait plus de 60 % de la population qui y adhéreraient en 2006[2] . Cette propagation a donné lieu à la multiplication des Mosquées et à la pénétration du religieux dans des espaces traditionnellement laïques. Dans son ouvrage La construction d’une sphère publique musulmane en Afrique de l’Ouest, il ne tente pas de simplement expliquer cette rapide progression, mais plutôt de voir comment cette religion se déploie dans l’espace public par le biais d’organisations en vertu des différentes branches confessionnelles, des groupes linguistiques, des parcours scolaires et universitaires, ainsi que de l’aspect générationnel, tout en voulant déconstruire le postulat affirmant que l’Islam subsaharien serait « passif » et « marginale[3] ». L’une des richesses de cette publication résulte de l’interdisciplinarité adoptée par l’auteur, croisant l’histoire à la sociologie et à l’anthropologie, posture méthodologiquedoublée d’un séjour de recherches à Ouagadougou. Quelques dizainesd’entretiens ont été réalisés auprès d’imams, de prêcheurs et d’hommes impliqués dans des associations musulmanes. Excluant les femmes de son échantillon malgré le fait qu’il y ait des prêcheuses au Burkina Faso, Madore souligne simplement l’importance de l’activisme islamique duquel elles font preuve. Cette mise à l’écart est expliquée par les rapports de genre quirendraient ardu l’accomplissement d’entrevues faites par des hommes auprès de femmes. Référant à l’historienne Muriel Gomez- Perez, il semble tenter de pallier cette problématique en proposant la littérature produite à ce sujet. En plus de la quarantaine d’entretiens ayant contribué à cette étude, différentes sources imprimées ont été utilisées, soit des journaux, tant généralistes qu’islamiques, ainsi que des archives étatiques et des communautés musulmanes. L’Islam burkinabé étant fortement médiatisé depuis les années 1990, Frédérick Madore s’est intéressé à des sermons, des enregistrements télévisuels et des sites web d’organisations religieuses. Ce corpus a donné lieu à une étude rendant compte à la fois des objectifs et des dogmes auxquels adhèrent les sujets étudiés, tout en démontrant la forte hétérogénéité des pratiques religieuses du pays. Identifiant trois « cohortes » distinctes d’associations islamiques depuis l’indépendance, chacune d’elles fait l’objet d’un chapitre. En plus de constater les différences importantes d’une époque à une autre, les lecteurs-trices ne peuvent indéniablement pas nier les diversités profondes d’unregroupement musulman à l’autre. Du soufisme au wahhabisme, les associations adhèrent à des dogmes souvent différents sur bien des points et ne valorisent pas le recours aux mêmes langues. Néanmoins, l’ensemble des prêcheurs et des imams souhaiteraient l’épanouissement http://www.revuelemanuscrit.uqam.ca 1 / 5 Phoca PDF