Pour une histoire européenne élargie des patronages célestes Marie-Élizabeth DUCREUX Centre National de la Recherche scientifique, Paris Casimir, Herménégilde, Ferdinand, Venceslas, Étienne, Amédée : autant de saints rois, ducs ou princes médiévaux dont les cultes prirent, à partir du début du XVII e siècle, une nouvelle dimension publique dans leurs pays d’origine — la Pologne-Lituanie, l’Espagne, la Bohême, la Hongrie, la Savoie —, à travers des parcours variés de reconnaissance liturgique et d’honneur 1 . Ils eurent tous en commun la qualité de saint patron de leur pays, mais les voies qui les pro- pulsèrent à ce rang ne furent pas en tous points identiques. Peu de temps après leur mort, le duc de Bohême Venceslas (†935) puis le premier roi de Hongrie Étienne (†1040) devinrent les principaux protecteurs de leurs territoires et de leurs habitants et, à partir du XII e siècle, ils furent considérés comme la personni- fication du souverain éternel, analogiquement aux « deux corps du roi » étudiés par Kantorowicz. Patrons plus récents et plus immédiatement liés à une politique dynastique, Casimir en Pologne (†1484), Herménégilde (†585) et Ferdinand III de Castille (†1252) en Espagne, Amédée en Savoie (†1472) se trouvèrent glorifiés à la suite d’une canonisation formelle pour le premier, d’une confirmation de culte pour les cinq autres. Leurs cas permettaient tous de recycler des éléments d’une histoire ancienne réactualisée dans le présent. Tous aussi trouvaient place dans un groupe plus étendu de saints locaux ou importés, anciens et modernes, pour ne rien dire de la place nouvelle dans ces recompositions d’affiliations pro- tectrices de la Vierge Marie, que Paolo Cozzo voit, pour les communautés locales italiennes, comme la médiatrice d’un équilibre entre « l’esprit d’autonomie » et « le conformisme de la raison d’État » 2 . 1. Ces six patrons « anciens et modernes » apparaissent dans les analyses de Sigita Maslauskaitė, Cécile Vincent-Cassy, Marie-Élizabeth Ducreux, Petr Kubín, Štěpán Vácha, Jan Linka, Péter Tusor et Paolo Cozzo. 2. Voir sa contribution à ce volume. Sa suggestion permettrait peut-être de rapprocher de façon neuve ou plus poussée les formes prises par les nouveaux patronages de la Vierge en milieu