143 Sur les pas d’un jeune soufi : récit commenté d’une expérience initiatique et extatique Abdourahmane SECK (1) Introduction Une synthèse établie depuis le début des années 1980 a considéré l’arrivée des jeunes dans la religion comme le signe d’un passage probable de l’islam tranquille ȋdes vieuxȌ { un islam politiquement engagé des jeunes 1 . Pour nombre d’observateurs, le développement accru de grands mouvements socioreligieux dans les années ͳͻͻͲ avait semblé confirmé cette annonce, jusqu’aux événements électoraux de 2000 2 . Pour rappel, l’année ʹͲͲͲ marque la défaite électorale d’un parti politique qui a régné ͶͲ ans durant sur les destinées du Sénégal, sur la base d’un système de soutien des confréries religieuses. Ces confréries ont sécrété des traditions d’appels au vote pour le régime en place et sont, pour cette raison, considérées comme déterminantes dans les victoires électorales successives de ce dernier 3 . Cette forte impression a, néanmoins, fait l’objet d’une relativisation ancienne 4 . L’alternance politique intervenue en 2000 a remis sur le devant de la scène un certain intérêt pour le rapport « maître/disciple » afin d’interroger ce qui ressemblait { une éventuelle perte de contrôle du leadership confrérique sur les disciples-électeurs. (1) Université Gaston Berger, UFR des Civilisations, Religions, Arts et Communication, Section Centre d’étude des religions, Saint-Louis, Sénégal. 1 Coulon, C. (1983), Les Musulmans et le pouvoir en Afrique Noire : religion et contre- culture, nouv. éd. rev. et mise à jour, Paris, Karthala. Coulon, C. (1981), Le Marabout et le Prince : islam et pouvoir au Sénégal , Paris, A. Pedone. 2 Sur l’intérêt suscité par ces grands mouvements socioreligieux on peut se référer { de nombreux travaux dont : Kane, O. et Villalon, L. (1995), « Entre confrérisme, réformisme et islamisme : les Mustarshidin du Sénégal, analyse et traduction commentée du discours électoral de Moustapha Sy et réponse de Abdou Aziz Sy junior », Islam et Sociétés au Sud du Sahara, n° 9, novembre, Paris, MSH, p. 119-201 ; Samson, F. (2005), Les marabouts de l’islam politique : Le Dahiratoul Moustarchidina wal Moustarchidaty, un mouvement néo-confrérique sénégalais, Paris, Karthala, ͵ͺͲ pages, préface d’Ousmane Kane et Audrin, X. (2000), « Du « "ndigël" avorté » au Parti de la vérité », Politique Africaine, n° 96, juin, p. 99-118. 3 Magassouba, M. (1985), L'Islam au Sénégal Demain les Mollah, Paris, Karthala. 4 Cruise O’Brien, D. (1983), « Les élections sénégalaises du 27 février 1983 », Politique africaine, 11, p. 7-12.