LE DEBAT Date : SEPT/OCT 17 Périodicité : Bimestriel Page de l'article : p.142-152 Journaliste : Sophie Coeuré. Page 1/11 LIBELLA 0098822500501 Tous droits réservés à l'éditeur Sophie Coeuré Un passé peu encombrant La mémoire d'Octobre 1917 entre l'Union soviétique et la France La Russie contemporaine préfère la mémoire de la Grande Guerre patriotique (1941-1945), voire de Staline, reconstructeur de la puissance nationale, à celle du moment révolutionnaire de 1917, noyé dans l'histoire longue d'une patrie unie. En 2004, Vladimir Poutine a fait dispa- raître le 7 novembre du calendrier des fêtes officielles 1 . Pour d'autres raisons, le souvenir d'Octobre est effacé du paysage tant dans les anciennes démocraties populaires européennes que dans les ex-Républiques soviétiques. En témoigne le périple récent du photographe Niels Ackermann et du journaliste Sébastien Gobert «à la recherche de Lénine» en Ukraine 2 . En France, l'attachement nostalgique à la culture révolutionnaire utopique née de 1917 et à certaines des valeurs associées à l'Union sovié- tique, encore très présent à la fin les années 1990 3 , s'efface presque complètement. En 2017, année du centenaire, le Parti communiste et L'Humanité s'interrogent : «Que reste-t-il de la révolution d'Octobre?» Il n'en reste rien dans le discours du parti, quèlques rues «Lénine» ou groupes scolaires « Octobre » dans les anciennes municipalités rouges, quèlques beaux livres com- mémoratifs dans les bibliothèques des familles de militants. Même le kitsch postcommuniste voit triompher sans partage Che Guevara sur les emblèmes de la mythologie soviétique. Cet article a pour objectif d'ouvrir une réflexion sur la part de la mémoire d'Octobre 1917 dans l'essor, puis l'érosion spectaculaire du communisme et d'une image positive de l'Union soviétique, jusqu'à la disparition de celle-ci en 1991. Les pistes qu'il propose s'appuient sur deux ensembles de travaux aux apports et aux propositions théoriques fortes, mais qui se 1 Korme Amacher, «Révolutions et révolutionnaires en Russie entre rejet et obsession », Revue d'études compara- tives Est-Ouest, vol 45, n° 2, mai 2014, pp. 129-173 2 Niels Ackermann, Sebastien Gobert, preface de Myroslava Hartmond, trad. de l'anglais par Odile Demange, Looking for Lenm, Lausanne, Noir sur blanc, 2017 3 Marc Lazar, Le Communisme, une passion française, Pemn, 2002, nouv. ed. 2005. Sophie Coeure est professeur d'histoire contemporaine a l'université Pans-Diderot-Paris-7. Elle est notamment l'auteur de Pierre Pascal la Russie entre christianisme et com- munisme (Lausanne, Ed. Noir sur blanc, 2014) et La Grande Lueur a l'Est. Les Français et l'Union soviétique, 1917-1939 (Éd du Seuil, 1999, reed CNRS Ed ,2017)