Galvani, P. (2001). Boire à la source : gestes et symboles du rapport formateur à l'eau. In R. Barbier & G. Pineau (Eds.), Les eaux écoformatrices (pp. 269-284). Paris Montréal: L'Harmattan. BOIRE À LA SOURCE gestes et symboles du rapport formateur à l’eau Pascal Galvani Université de Tours L’expérience de se « remettre en forme » par une relation directe avec un élément naturel est une expérience commune. Pourtant, le processus d’écoformation n’est pas reconnu comme tel. Il reste à nommer, et à comprendre. Nous avons encore du mal à comprendre la place de l’écoformation dans notre formation malgré la transformation massive des pratiques de plein air où l’environnement naturel prend une place aussi importante que la pratique physique elle-même. Le mot formation désigne le processus vital d’émergence et de transformation d’une forme vivante. Pour comprendre ce processus de morphogenèse il faut tenir compte de trois acteurs majeurs : soi, les autres, les choses (Pineau, 1986). L’interaction de ces trois pôles conjugue, au sens propre, une formation vitale et permanente. La relation auto-éco-formatrice entre soi et le monde ne se limite donc pas à un espace-temps particulier. Cette relation est aussi présente dans les temps de loisir et de travail que d’apprentissage. Elle est aussi présente au bureau, à l’usine, que dans les forêts ou les cités de banlieues. La relation entre soi et le monde ne se limite pas non plus à la dimension physique. Elle engage les dimensions psychiques et spirituelles de la personne même si c’est dans l’expérience corporelle qu’elle prend sa source. Gestes et imaginaire de la formation Pour comprendre cette relation auto-éco-formatrice, il faut s’intéresser à la place de l’imaginaire symbolique dans la formation, car l’image symbolique est précisément un monde intermédiaire entre le sensible et l’intelligible (Wunenburger, 1997). Nous ne pouvons développer ici les processus de cette connaissance symbolique dans la formation (Galvani, 1997) ; nous rappellerons simplement qu’ils se fondent sur l’homologie, la similitude entre les formes du monde naturel et les formes des gestes humains. Dans l’interaction entre la personne et l’environnement, l’imagination est le lieu intermédiaire entre le sensible et l’intelligible, le lieu des correspondances symboliques et des résonances harmoniques. C’est la forme de l’interaction sensori-motrice entre la personne et l’environnement qui s’intériorise dans la psyché sous forme d’images (Piaget, 1976). Autrement dit, c’est la forme même de nos gestes, la structure dynamique de nos interactions qui s’intériorise en images. Cette intériorisation de la forme du geste est le schème. Le schème c’est la forme d’un mouvement, l’abstraction du geste (Durand, 1969 p. 61). Les gestes