La Saison de la détresse et de la déchéance. FELICIA MIHALI ET MARIE-CLAIRE BLAIS, écrivaines du malaise paysan Neli Ileana EIBEN Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie Résumé Felicia Mihali et Marie-Claire Blais dévoilent un aspect sombre et inhospitalier de la vie à la campagne ce qui contraste manifestement avec les descriptions mythiques de la littérature du terroir. Le monde du village pourrait être caractérisé par des mots tels travail pénible, inculture, débauche, misère, alcoolisme et tant d’autres à connotation négative. Le retard économique du village par contraste avec l’essor de la ville empêche les paysans de s’habituer au rythme des usines et les citadins au rythme des saisons. Abstract Felicia Mihali and Marie-Claire Blais disclose a dark and inhospitable side of the countryside life which is visibly different than the mythical descriptions present in the literature of the land. The life in the countryside is described through words like painstaking work, lack of education, immorality, misery, alcoholism and so many others with negative connotations. The economic underdevelopment of the villages compared with the fast pace of life in the cities does not allow the peasants to get used with the rhythm of factories and the city dwellers with the rhythm of the seasons. Dans ce projet je me propose de trouver des analogies entre l’écriture d’une jeune écrivaine québécoise d’origine roumaine, Felicia Mihali et celle de Marie-Claire Blais. Lors de l’apparition du Pays du fromage, en 2002, on pouvait lire sur la quatrième de couverture : « Le pays du fromage ressemble par certains côtés à Une saison dans la vie d’Emmanuel. » Certains critiques, comme Robert Chartrand, Antoine Tanguay et Pierre Thibeault, tout en restant prudents, ont signalé aussi le rapprochement lancé par ceux de chez XYZ, l’éditeur de Felicia Mihali. Or, j’ai essayé d’aller plus loin et de voir s’il s’agit d’une simple fanfaronnade d’éditeur ou si l’on peut vraiment déceler des points communs entre le premier livre de Felicia Mihali, Le pays du fromage et le classique de Marie-Claire Blais, Une saison dans la vie d’Emmanuel. À ce but, je me suis proposé de suivre une démarche sociologique et de considérer les deux romans comme des reflets de la vie campagnarde roumaine et québécoise. Des deux livres surgissent une sorte de mal de vivre et un défaitisme qui seraient la conséquence de périodes historiques difficiles. Le chef-d’œuvre de Marie-Claire Blais pourrait s’inscrire dans la lignée des romans québécois qui se veulent un cri d’éveil de la société, un stimulus pour l’anéantissement du mythe du Québec rural et pour l’avènement d’un nouvel ordre social