ECOLE PRATIQUE DES HAUTES ETUDES – PARIS Séminaire doctoral de Philippe Hoffmann 18.03.2017 Marco Donato L’Éryxias : un dialogue socratique de l’Académie de Polémon ? Merci à tous de votre présence : aujourd’hui je vais tâcher de vous présenter quelques résultats de mes recherches sur l’Éryxias, le texte dont je prépare actuellement une nouvelle édition critique commentée. Notre communication sera tout particulièrement centrée sur le contenu philosophique de cet écrit pseudo-platonicien avec le but de formuler une hypothèse sur son contexte d’élaboration et sa position dans l’histoire de la pensée ancienne. Dans une première partie je présenterai le status questionis et les principales hypothèses ayant été déjà formulées par les savants, ainsi que les données objectives dont nous disposons pour établir la chronologie du dialogue. La deuxième partie sera dévolue à l’analyse des principaux points de doctrine soulevés par Socrate et ses interlocuteurs au cours de l’entretien et à la tentative de leur trouver une place dans l’histoire de la pensée ancienne, en particulier, dans l’histoire du platonisme. Enfin, dans la troisième partie, sera tracé un cadre plus général concernant le contexte que je retiens comme le plus plausible pour la rédaction de ce dialogue. Toutefois, pour commencer, je pense qu’il est utile d’apporter quelques informations générales sur le dialogue et sa transmission : en fait l’Éryxias n’est pas le plus étudié des dialogues pseudo- platoniciens et, peut-être, pas tous dans cette salle sont très familiers avec cette œuvre. L’Éryxias L’Éryxias est un dialogue philosophique transmis à l’intérieur de la section des νοθευόμενοι qui suit les dialogues de Platon dans nos manuscrits médiévaux : occupant sept folios recto-verso du codex Parisinus graecus 1807 (sigle A) – seul témoin indépendant pour cette partie du corpus platonicien – et quinze pages du troisième tome de l’édition suisse d’Henri Estienne (latine Stephanus), il est le plus long des dialogues de cette section. Cet écrit, déjà jugé inauthentique durant l’Antiquité, faisait partie de la liste des œuvres apocryphes ὁμολογουμένως mentionnées par Diogène Laërce. Diogène, dans cette section du troisième livre, prend pour source une introduction à la philosophie de Platon écrite au cours du premier siècle de notre ère par Thrasylle, philosophe et astronome de la cour de l’empereur Tiberius [T1 : D.L. III 62, ll. 683-686 Dorandi = Thrasyll. T 22 Tarrant]. La constitution de cette liste est strictement liée à l’établissement de l’ordre tétralogique, employé pour le classement des dialogues de Platon par Thrasylle lui-même et encore préservé au Moyen Age, ainsi qu’en témoignent nos principaux manuscrits, parmi lesquels le Parisinus A. Ainsi, l’inclusion dans le corpus tétralogique correspond, au moins d’après le rapport de Thrasylle, à un brevet d’authenticité, dans le sens où tous les dialogues qui ne rentrent pas dans cette structure sont considérés comme inauthentiques. Cependant, les critères précis d’exclusion de ces écrits particuliers demeurent en grande partie mystérieux. En plus déjà les Anciens avaient des doutes quant à certains des dialogues contenus dans les tétralogies : c’est le cas des Rivaux amoureux (Ἀντερασταί), sur lesquels pèse le soupçon de Thrasylle encore chez Diogène Laërce (IX 37) et de l’Hipparque, puisque des questionnements sur son authenticité sont mentionnés par Elien (VH 8, 2). Le Second Alcibiade, dont la langue présente des éléments fortement non platoniciens, était aussi remis en cause et attribué à Xénophon, comme nous pouvons l’apprendre d’Athénée (Ath. XI 506c4-5). C’est le cas aussi de