Julien Théry Les « cathares », une histoire qui blesse Sur Les cathares devant l’Histoire. Mélanges offerts à Jean Duvernoy, textes rassemblés par Anne Brenon et Christine Dieulafait, sous la dir. de Martin Aurell, Cahors : L’Hydre, 2005 Paru dans Midi-Pyrénées patrimoine, n o 3, juillet-septembre 2005, p. 84-85 (version complète, sans les coupes effectuées pour la publication) Par ses nombreux travaux de recherche et d’édition de sources, menés depuis plus de quarante ans, Jean Duvernoy a contribué de façon décisive aux connaissances sur les hérésies languedociennes des XII e -XIV e siècles. Le livre de mélanges récemment publié en son honneur a malheureusement été l’occasion, pour quelques contributeurs, de se livrer à des attaques polémiques, parfois très violentes et souvent fort mal argumentées, contre les historiens qui renouvellent les perspectives sur la question depuis quelques années 1 . Au point que le titre du volume aurait été plus conforme à l’esprit de certains participants en évoquant non pas « Les Cathares devant l’histoire », mais plutôt « L’histoire critique du ‘catharisme’ devant ses censeurs ». Le livre est divisé en deux parties, l’une consacrée aux problèmes historio- graphiques et méthodologiques, l’autre au « catharisme » lui-même et à sa répression. Chacune commence par deux « rapports introductifs » thématiques présentés lors de journées d’études tenues à Foix en 2003, suivis des transcriptions de discussions collectives. Viennent ensuite des articles issus de communications lors de ces journées ou envoyés par d’autres auteurs. Les propos les plus outranciers contre les nouvelles lectures de l’hérésie se donnent libre cours lors de la table ronde consacrée aux « origines » du catharisme – ce qui n'est évidemment pas un hasard. L’ensemble forme un curieux bavar- dage demi-savant, où les raisonnements spécieux voisinent avec des attaques plus ou moins explicites contre des absents. Car – faute majeure, symptomatique du déficit de rigueur qui affecte souvent la méthode des tenants du « catharisme » – aucun des historiens mis en cause n’a été convié à ces « discussions », qui se développent donc à sens unique, parfois dans une logique de surenchère. 1 Deux livres collectifs dirigés par Monique Zerner ont lancé le renouveau historiographique (notons d’ailleurs que des participants aux Mélanges Duvernoy ont été invités aux discussions lors des journées d’étude qui ont débouché sur le second livre, où leurs interventions sont retranscrites) : M. Zerner, éd., Inventer l'hérésie ? Discours polémiques et pouvoirs avant l'Inquisition, Nice, 1998 ; ead., L'histoire du catharisme en discussion : le "concile" de Saint-Félix (1167), Nice, 2001. Les contributions à ces deux ouvrages les plus attaquées ici sont celles de M. Zerner, Jean-Louis Biget, Benoît Cursente, Michel Lauwers et Guy Lobrichon. Forment aussi la cible de ces Mélanges Duvernoy des contributions au n o 36-37 (2002) de la revue Heresis (numéro thématique intitulé Hérétiques ou dissidents ? Réflexions sur l’identité de l’hérésie au Moyen Âge), en particulier J.-L. Biget, « Réflexions sur ‘l'hérésie’ dans le Midi de la France au Moyen Âge », p. 29-74 ; J. Théry, « L'hérésie des bons hommes. Comment nommer la dissidence religieuse non vaudoise ni béguine en Languedoc (XII e -début du XIV e s.) ? », p. 75-117 [disponible en ligne à l’adresse http://univ- montp3.academia.edu/JulienTh%C3%A9ry/Papers ].