La place des savoirs, savoir-faire et savoir-être dans la formation des interprètes et traducteurs Marc Orlando, Monash University Introduction « Je crois que l’éducation est un processus de vie, et non une préparation à la vie. » (Dewey 1897 : 36). Cette citation de John Dewey met clairement en avant l’idée que la personne toute entière est impliquée dans tout processus d’éducation et d’apprentissage. Il ne s’agirait pas seulement d’apprendre à faire quelque chose, d’être préparé à une fonction ou un rôle ou d’acquérir de nouvelles compétences et savoirs, mais aussi de s’épanouir, de s’enrichir pleinement de l’enseignement reçu, et de se transformer. En ce sens, l’éducation serait la vie car elle façonne la personne dans son ensemble ; c’est un processus de changement de comportement car ce qui est appris est mis en pratique, dans la vie professionnelle mais affecte aussi la vie de l’individu de manière plus générale. L’éducation se rapporte aux savoirs et aux savoir-faire, mais aussi aux savoir-être ; ainsi, éduquer serait permettre à l’individu de se révéler. Apprendre permettrait d’être. Mais que penser d’une telle philosophie de l’éducation lorsque l’on s’intéresse à la formation d’interprètes et de traducteurs professionnels ? Quelle serait la place des savoir-être, ou soft skills, dans le programme pédagogique d’une formation par essence professionnalisante ? Peu nombreux sont ceux qui rejetteraient le principe qu’une telle formation doit bien entendu préparer de futurs professionnels (traducteurs et interprètes) à faire face aux réalités de leur secteur d’activité. Toutefois, d’une certaine manière, il parait essentiel aussi de garder à l’esprit que l’étape ultime vers la naissance d’un jeune professionnel serait la mort symbolique du formateur (un peu comme l’idée avancée par Roland Barthes dans son ouvrage La mort de l’Auteur (1968) que « La naissance du lecteur doit se payer de la mort de l’Auteur »), et que tout programme pédagogique devrait inclure des activités qui visent à l’émancipation de l’individu, que ce soit au niveau des savoirs, savoir-faire, mais aussi du savoir-être. Selon cette philosophie, cet individu acquerrait au cours de la formation des compétences transversales et transférables qui le définiront en tant que personne, au-delà de son métier ; une éducation qui serait donc un « processus de vie, pas seulement une préparation à la vie », comme le dit Dewey. Ainsi, dans le cas de la formation des traducteurs et des interprètes, il me parait essentiel de mettre l’accent majoritairement sur une approche constructiviste, centrée sur l’étudiant, qui prend en compte des stratégies de résolution de problèmes et des activités métacognitives à travers lesquelles des outils académiques adéquats sont proposés aux étudiants afin de leur permettre d’apprendre à réfléchir sur leur pratique et leur apprentissage, ou, en d’autres termes,