L’histoire exogène des Seldjoukides Intervention à la Journée d’études de l’Associations des Jeunes Chercheurs en Histoire du 19 mai 2017 à Lille Jean-David Richaud Paris I Panthéon Sorbonne – UMR Orient & Méditerranée Introduction Le chanteur Booba écrit dans une chanson : « Les vainqueurs l’écrivent, les vaincus racontent l’histoire ». Si l’on prend « écrire » au sens de faire, cette phrase est particulièrement appropriée aux Seldjoukides. Vainqueurs des Ghaznévides, des Bouyides, des princes syriens, des Byzantins, ils se retrouvent néanmoins dans la situation paradoxale où ce sont les vaincus, arabes, persans, arméniens ou grecs, qui racontent leur histoire. En effet, la seule source directement composée à la cour seldjoukide et sous l’instigation de celle-ci, le Maliknāme est perdu. Faire l’histoire des Seldjoukides, c’est donc obligatoirement passer par des sources grecques, arabes, persane, arméniennes, latines, plus ou moins exogènes à la dynastie, mais jamais turques. Alors quelles sont les conséquences, pour nous historiens, d’une histoire complètement exogène à la dynastie étudiée ? Quel biais cela implique dans notre vision d’un empire qui domina le Moyen Orient pendant un siècle et demi ? Les Seldjoukides, un clan, un empire, pas d’histoire ? Apparu au contact du dār al-islām à la fin du X e siècle, les Seldjoukides deviennent à partir de 1040 le pouvoir fort des provinces orientales de l’Empire abbasside. A partir de ces régions, ils vont conquérir tout le Moyen Orient : en 1055, ils entrent dans Bagdad ; dans les années 1060-1070, ils conquièrent l’Arménie et l’Anatolie byzantine ; dans la décennie 1080, c’est au tour de la Syrie et de la Transoxiane. Au plus fort de leur expansion, en 1092, l’Empire seldjoukide s’étend sur tout un continent, de l’Asie centrale à la Méditerranée. Même si l’empire