Le réalisme transcendantal Anthony FENEUIL Université de Lorraine, ECRITURES Mon propos dans cette contribution est assez modeste : j’aimerais sur- tout rappeler une controverse ayant eu lieu dans la philosophie d’expression française dans les années 1930 parmi les philosophes tho- mistes, et montrer que par-delà son caractère apparemment marginal dans l’histoire de la philosophie, elle trouve en fait un écho direct dans une controverse contemporaine. Cet écho n’a rien de contingent, c’est du moins la thèse que je défendrai ici. Il témoigne de ce que l ’initiateur de la controverse, Étienne Gilson, a perçu un problème qui dépasse largement la controverse thomiste, et constitue l’un des nœuds de l’histoire de la philosophie, autour justement de la notion de transcendantal, ou plus exac- tement de la manière transcendantale de penser. E. Gilson, un réaliste contre les réalistes Le titre de cet article, « le réalisme transcendantal », ne renvoie pas précisément à ce que Kant a nommé de la sorte pour le critiquer 1 , moins 1. Dans la critique du « quatrième paralogisme » (Critique de la raison pure, A 369). Les raisons du choix de cette expression me semblent obscures, tant elle paraît incompatible avec la définition kantienne du transcendantal. Tout le sens de l ’adjectif « transcendantal », dans ce passage, semble être de distinguer le réalisme auquel Kant s’oppose (celui du temps et de l’espace) du réalisme empirique qu’il revendique, et de manifester la symétrie entre d’un côté l’idéalisme transcendantal qui implique un réalisme empirique, et de l’autre le réalisme transcendantal qui finit par conduire à un idéalisme