PhiN-Beiheft 14/2018: 50 Lisa Zeller (Mainz) La lutte passionnée pour la souveraineté dans La Mariane de Tristan L'Her- mite 1 This article seeks to determine to what extent the emotional struggle between the two protagonists of Tristan L'Hermite's La Mariane might be read as a representation of the passionate struggle for sovereignty between the king and the republic. I ask whether this tragedy represents the triumph of absolutism over an alternative concept of political sovereignty, which early 17 th century pamphle- teers such as Michel Roussel had attributed to the Spanish Jesuit Juan de Mariana. Hérode's central tragic conflict, as I will argue, suggests that the triumph of absolutism implies the loss of his peo- ple's love; its triumph is, therefore, shown to be tragic indeed, and primarily for the monarch him- self. Parallels to contemporary history indicate that, in the end, absolutist raison d'État may lead to the nation's sterility and self-destruction. The play's indirect language of affect may be understood in terms of Jon Beasley-Murray's approach to the relation of affect and political representation, with the emotional escape from absolutism and the survival of Mariane's soul pointing to the sur- vival of an idea of the res publica's 'sovereignty'. 1 Une tragédie des affects La Mariane (1636) de Tristan L'Hermite a connu un succès comparable à celui du Cid (cf. Merlin-Kajman 2000 : 143) les deux pièces se suivent à bref inter- valle 2 mais seul Le Cid est resté dans le canon littéraire jusqu'à nos jours. Même si ce n'est pas sans ambivalences, c'est une pièce des vainqueurs de l'histoire, con- trairement à La Mariane, où le roi absolu finit par s'effondrer. La pièce met en scène une lutte tragique des affects, qui eut, d'après ce que l'on sait des réactions du public, un impact affectif extraordinaire (cf. ibid. : 167168). C'est la tragédie du roi Hérode, mélancolique dû au fait que son épouse Mariane ne partage pas son amour mais le rejette pour avoir tué son grand-père et son frère afin d'accéder au pouvoir. Dès les premiers vers évoquant le trouble émotionnel du roi, la tragédie évoque le rapport entre la souveraineté politique et la domination souveraine des passions : c'est la question topique de savoir si le roi sait se gouverner (I3 : 329 3 ) 1 J'ai pu discuter la thèse principale de cet article dans le cadre de l'école d'été du CERES en sep- tembre 2015 à Kiel et je remercie Victor Ferretti et Javier Gómez-Montero de m'en avoir donné l'occasion ainsi que María José Vega et Miguel García-Bermejo Giner de leurs questions qui m'ont permis de préciser la problématique. 2 Elles ont été jouées dans le même théâtre et par les mêmes acteurs : Mondory et La Villiers jouaient Hérode et Mariane ainsi que Rodrigue et Chimène (cf. Merlin 1998). Merlin-Kajman compare les deux pièces dans ibid. 2005, 2007 et 2013. 3 Je cite l'édition de Roger Guichemerre (2001) de la manière suivante : Actescène : vers.