L’alambic dans l’Atlantique. Production, commercialisation, et concurrence de l’eau-de-vie de vin et de l’eau de vie de rhum dans l’Atlantique français au XVII e et au début du XVIII e siècle 1 par Bertie Mandelblatt Résumé En 1713, juste après la guerre de Succession d’Espagne, une déclaration du roi interdit la distillation et la distribution d’eaux-de-vie fabriquées à partir d’un autre produit que le vin. Cette loi était le résultat d’un intense lobbying mené par les producteurs d’eaux-de-vie de vin de la façade atlantique du royaume, inquiets pour leur compétitivité sur les marchés étrangers, surtout après des décennies d’embargo anglais sur leurs productions. Le produit visé était le rhum, qui était distillé, soit dans les Antilles françaises, soit en France même, et qui utilisait les sirops de sucre produits dans les îles en quantités qui, au fil des années, croissaient parallèlement à la production de sucre. Cet article étudie d’abord le développement de la compétition entre le rhum français et les eaux- de-vie françaises, à partir de l’histoire parallèle, bien que fortement divergente, de leur passage à la production de masse à partir du milieu du XVII e siècle. Il s’intéresse ensuite aux conséquences de la loi de 1713 qui a limité efficacement la circulation atlantique du rhum français tout au long du XVIII e siècle. 1. Cet article fournit l’occasion de présenter une partie d’une recherche en cours sur les rhums et les mélasses dans l’Atlantique français. Il a été écrit dans le cadre d’une bourse postdoctorale du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, et je tiens à remercier le CRSH pour son soutien financier. J’ai présenté des versions préliminaires de l’article lors des occasions suivantes : les séminaires organisés par le Groupe d’études sur l’histoire des Amériques (Université de Montréal, 2008) ; le London Group of Historical Geographers (2008) ; le Groupe d’histoire atlantique français (Université McGill, 2009) ; le Centre international des recherches sur les esclavages (EHESS, Paris, 2010) ; la journée d’étude « The Political Economy of the American French Atlantic, 1763-1815 » au University of Chicago Centre (Paris, 2009) ; le Workshop on the French Atlantic (University of Warwick, 2009) ; et les réunions annuelles de la Société historique du Canada (2009) et de l’American Historical Association (2010). Je remercie tous les participants de ces différents forums pour leurs suggestions et remarques ; je tiens surtout à remercier Manuel Covo et Paul Cohen pour leurs lectures attentives et pour leurs commentaires. rticle on line rticle on line n 2, 2011