1 La ville divisée par les violences confessionnelles. L’iconoclasme à Valenciennes en 1566 Yves Junot (Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis) Introduction La destruction des images est une pratique récurrente des violences confessionnelles qui ponctuent l’histoire des religions du Livre (judaïsme, christianisme et islam) et des interprétations parfois contradictoires relatives à l’interdiction des représentations de type figuratif (cf. Noyes, 2016). Les récentes actions de l’Etat Islamique montrent d’autant plus cette permanence du débat sur les images qu’elles s’appuient sur une mise en scène médiatisée destinée à réaffirmer la dimension eschatologique du bris des images, dans une logique qui n’est pas sans rappeler celle des iconoclastes européens des années 1560 (cf. Harmanşah, 2015). La rupture de l’unité de foi catholique et la diffusion du protestantisme en Europe au XVI e siècle s’accompagnent de la multiplication d’actes iconoclastes, d’abord isolés et individuels, souvent commis de nuit, puis pratiqués collectivement et publiquement en plein jour au moment des guerres de religion. Leur écho médiatique chez les témoins du siècle montre que les images constituent un enjeu de la fracture confessionnelle : elles deviennent un moyen d’affirmer, par la vénération ou par l’iconophobie et le Mythic Vacuum, une identité religieuse dans une société désormais divisée (cf. Mochizuki, 2008 : 1-6). Les images sont dénoncées par les protestants parce qu’elles détournent de Dieu et amènent à une fausse dévotion et à l’idolâtrie que Zwingli et Calvin condamnent plus radicalement que Luther. Calvin rappelle à cet effet dans L’institution de la religion chrétienne que « toutes fois & quantes quon représente Dieu en image, que sa gloire est faussement et meschamment corrompue » (cf. Calvin, 1560, I, 11, 1). Les briser relève alors d’une « théologie pratique » qui