Le patrimoine urbain : instrument de pacification ou mutation de la violence? WARD VLOEBERGHS Université catholique de Louvain (UCL) Dans la mesure où, souvent, le rôle de la mémoire constitue un élément clé de la réconciliation et, de ce fait, peut contribuer à prévenir la résurgence de la violence, le patrimoine représente une composante particulièrement significative de la gestion des crises et des conflits. Ce constat est dautaŶt plus ǀƌai Ƌue, daŶs ďieŶ des Đas, le patƌiŵoiŶe uƌďaiŶ –tout en servant de décor aux hostilités- se trouve être appréhendé comme dépositaire voire comme agent de cette mémoire et, par là-ŵġŵe, est liǀƌĠ au ƌisƋue de deǀeŶiƌ taŶtôt leŶjeu du ĐoŶflit, taŶtôt uŶ iŶstƌuŵeŶt de sa transformatioŶ. OŶ peut peŶseƌ à ledžeŵple de Beƌlin passant de la fin de la deuxième guerre mondiale (décor), à travers la séparation physique de la ville (enjeu) au retour du gouvernement fédéral allemand (transformation) pour illustrer cet état des choses. I. QUESTIONS DE DEFINITIONS Afin dappƌofoŶdiƌ daǀantage la problématique esquissée ci-dessus, il ĐoŶǀieŶt tout daďoƌd de poseƌ quelques balises conceptuelles quant au terme de patrimoine. Cest Ƌue la notion même de patƌiŵoiŶe Ŷe fait pas luŶaŶiŵitĠ. “i ĐeƌtaiŶs eŶ oŶt uŶe ĐoŶĐeptioŶ assez figĠe et ŵatérielle 1 , dautƌes ĐoŶçoiǀeŶt le patƌiŵoiŶe Đoŵŵe ĠtaŶt ŶetteŵeŶt plus fluide, fledžiďle et aďstƌait. Le patrimoine est alors « cette partie du passé que nous sélectionnons au présent à des fins ĐoŶteŵpoƌaiŶes, Ƌuelles soieŶt ĠĐoŶoŵiƋues, Đultuƌelles, politiques ou sociales » 2 . Pour faire court, le patrimoine est alors tout « usage contemporain du passé » 3 . Plus loin, nous verrons ce que les principales organisations internationales comprennent par patrimoine ŵais il est Đlaiƌ dğs à pƌĠseŶt Ƌuil sagit dun terme attrape-tout, très en vogue auprès des dĠĐideuƌs puisƋue le ǀoĐaďle saǀğƌe ġtƌe ŵoďilisateuƌ –de ressources humaines autant que pécuniaires. Dans ces circonstances, les deux formes de patrimoine –tangible et intangible- peuvent être et sont utilisĠes à des fiŶs de ƌĠĐoŶĐiliatioŶ ou, du ŵoiŶs, à leŵpġĐheŵeŶt de ƌĠĐuƌƌeŶĐe de la violence, bref à la transformation du conflit. Si le patrimoine peut entrer en considération à diffĠƌeŶtes Ġtapes ;au dĠďut, eŶ Đouƌs ou à lissueͿ duŶ ĐoŶflit, dans les confins de cet article cest audž diffĠƌeŶts aspeĐts ƋuĠǀoƋue le patƌiŵoiŶe uƌďaiŶ daŶs uŶ contexte post-conflictuel que nous avons décidé de nous intéresser en premier lieu. 1 Pour une définition classique, voir André CHASTEL, « La notion de patrimoine » in Pierre NORA (dir.), Les lieux de mémoire, Tome II (La nation), vol. 2, 1986, pp. 405-450. 2 B. GRAHAM, G.J. ASHWORTH & J.E. TUNBRIDGE (eds.), A Geography of Heritage. Power, Culture and Economy, London: Arnold, 2000, p. 17. A Ŷoteƌ Ƌue patƌiŵoiŶe se tƌaduit eŶ aŶglais paƌ heƌitage, Đe Ƌui edžpƌiŵe ďieŶ lidĠe de pƌĠseƌǀatioŶ et de tƌaŶsŵissioŶ. Voiƌ aussi : Dominique POULOT (dir.), Patrimoine et modernité, Paris : LHaƌŵattaŶ, ϮϬϬϱ et ŶotaŵŵeŶt les ĐoŶtƌiďutioŶs de AŶdƌĠ DESVALLÉES, « A loƌigiŶe du mot patrimoine » et de David LOWENTHAL, « La faďƌiĐatioŶ duŶ hĠƌitage » dans ce même volume. 3 GRAHAM, ASHWORTH & TUNBRIDGE, A Geography of Heritage..., p. 2.