TIRER À REBOURS VERS L’AU-DELÀ
Une attraction catholique antinaturaliste
C’est en tant qu’auteur déjà reconnu et rattaché à l’école naturaliste de
Zola que Huysmans publie À rebours en 1884. Le roman ne passe donc
pas inaperçu et l’on dénombre la parution de plus d’une quarantaine de
comptes rendus en France et en Belgique entre 1884 et 1886. Leur variété
de tons et de propos témoigne de la di iculté qu’ont les lecteurs de l’époque
à cerner l’originalité d’À rebours , « ce livre [ qui ] a éclaté dans la jeunesse
artiste comme une grenade
1
» selon les propres mots de son auteur.
Il ne s’agira toutefois pas de rendre exhaustivement compte de la
réception critique d’À rebours à sa parution
2
, mais plus modestement
de se focaliser sur sa réception catholique paradoxale qui manifesterait
une répulsive attraction pour le roman et poserait la question suivante :
peut-on faire d’À rebours un ouvrage catholique ? Derrière les réponses
très diférentes apportées par cinq auteurs « antimodernes
3
» que ras-
semblent tant leur conservatisme que leur attrait pour un renouveau
de la spiritualité catholique, si ce n’est un rattachement évident au
catholicisme oiciel, se lisent des enjeux idéologiques tout à fait opposés.
Il semble qu’il s’agisse soit de condamner À rebours comme une œuvre
immorale et impie soit, au contraire, d’attirer le roman de Huysmans
vers l’au-delà, d’en privilégier une dimension spiritualiste, voire d’en
faire le chantre d’une véritable renaissance catholique.
1 « J.-K. Huysmans », portrait autobiographique de Huysmans, publié en 1885 dans Les
Hommes d’aujourd’hui (Paris, Vanier, fascicule n
o
263) sous le pseudonyme d’A. Meunier,
cité par Patrice Locmant dans son édition critique du Drageoir aux épices (DÉ, 248).
2 Cela a déjà été esquissé, notamment par Alain Pagès dans « Lectures critiques d’À rebours
en 1884-1886 » (Revue des Sciences humaines , n
o
170-171, avril-septembre 1978, p. 237-244),
ainsi que par Michael Issacharof dans le chapitre iii de son livre J.-K. Huysmans devant
la critique (1874-1960) (Paris, Klincksieck, 1970, p. 65-76). En outre, Daniel Grojnowski
fournit une liste assez exhaustive des comptes rendus et la reproduction partielle d’un
grand nombre d’entre eux dans son édition d’À rebours (À, 347-365).
3 Pour reprendre l’expression désormais consacrée d’Antoine Compagnon, Les Antimodernes :
de Joseph de Maistre à Roland Barthes , Paris, Gallimard, « Bibliothèque des idées », 2005.
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