terrains & travaux – n° 31 [2017] – 5 INTRODUCTION z Jean-Samuel Beuscart, Frédérique Giraud, Marie Trespeuch Consommer autrement R ESPONSABLE, ÉCOLOGIQUE, collaborative, décroissante, durable… la consommation se pare aujourd’hui d’épithètes vertueux, interro- geant en creux les manières plus «traditionnelles» de se procurer des biens et des services pour satisfaire nos besoins. Si certaines pratiques comme le jardinage, l’achat à la ferme ou le stop sont anciennes, elles se voient aujourd’hui investies de nouvelles signiications, plus politiques, et viennent s’associer à un panel de pratiques plus récentes qui s’insti- tutionnalisent peu à peu: l’adhésion à une AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), le recours aux biens d’occasion, la fréquentation de lieux d’achats alternatifs ou le covoiturage ne sont plus des pratiques marginales, surtout depuis que le numérique, via des sites comme Le Bon Coin ou Blablacar, les a promues en valorisant le réemploi, l’usage et le partage des biens plutôt que leur appropriation (Ipsos/Ademe, 2013; Bigot, Daudey et Doidian, 2015). Ainsi, d’autres manières de consommer, plus «humaines» et respectueuses de l’environnement et de la santé, ont émergé comme autant d’alternatives à la «société de consommation» qui, après-guerre, promettait le bien-être par l’abondance des biens à acquérir, mais dont les externalités négatives sont désormais régulièrement pointées du doigt. La multiplication des intermédiaires de la grande distribution appauvrissant les producteurs, l’afaiblissement des liens sociaux dans des espaces marchands déshuma- nisés, l’achat compulsif, les scandales sanitaires, l’accroissement massif des déchets induits par nos achats constituent ainsi des critiques récurrentes. La igure d’un «consomm’acteur», conscient de la portée politique de ses