La pensée halakhique a-t-elle développé la notion de « guerre interdite » ? * D’hier à aujourd’hui ** A VIEZER RAVITZKY La tradition juive a discerné deux genres de guerre : une guerre obli- gatoire (milhemet mitsva) et une guerre facultative (milhemet reshout). Le premier genre – guerre obligatoire – comprend les guerres bibliques contre les sept peuples résidant sur la terre d’Israël, la guerre contre Amaleq et toutes les guerres de défense du peuple d’Israël. C’est donc une catégorie distincte et bien définie (du moins depuis la législation de Maïmonide). En revanche, la seconde catégorie de guerre – guerre facul- tative – est plus large et dépend de circonstances fluctuantes et de bon sens. De plus, partir en guerre du deuxième genre dépend d’activités combinées provenant de deux pouvoirs : l’initiative de guerre émane du pouvoir politique (le roi), cependant que la guerre ne sera considérée comme légitime qu’avec son approbation officielle par le pouvoir spiri- tuel et législatif (le Sanhédrin). Cette distinction entre guerre obligatoire et guerre facultative englobe-t-elle tout le débat ou bien laisse-t-elle place à une troisième catégorie – une guerre illégitime – qui ne ferait partie ni du domaine de l’obligation ni du domaine du facultatif, mais du domaine de l’illégitime, de la transgression et du péché ? On peut aussi formuler autrement la question : « À quels critères se référera la Haute Cour suprême Rabbinique (Sanhédrin) quand elle sera appelée à approuver PARDÈS N° 36/2004 * Ces propos sont émis à la mémoire de mon cher ami Ariel Rozen-Zvi, le seul que je considérais être capable de juger Israël à notre époque, au sein d’une juridiction reli- gieuse ou laïque et d’enseigner à Israël l’obligatoire et le facultatif, l’interdit ou le permis. ** Article paru dans Aviezer Ravitzky, La liberté sur les tables. Autres voix de la pensée religieuse (= Herut al ha-luhot. Kolot aherim shel ha-mahshava ha-datit), Jérusalem, Am Oved, 2000, p. 139-157 ; 317-323.