1 Fragments d’insularité. Vivre par la mer aux iles Salomon. Sandra Revolon, Aix Marseille Université, CNRS, EHESS, CREDO UMR 7308, 13331, Marseille, France Vivre sur une île ou le long d’une côte en Océanie, c’est être immergé dans un univers visuel composé de grands aplats de couleur : le blanc du sable, des nuages et de leur reflet sur la surface de l’océan ; le bleu du ciel quand il est dégagé et sa réflexion sur la mer ; le vert des frondaisons. Saturé d’air et d’eau, l’horizon offre au regard la possibilité d’un immense déploiement. Ce paysage marin, que l’anglais traduit plus justement par l’expression seascape, est celui des insulaires des îles Salomon, principalement répartis dans des habitats côtiers, le long d’îles de tailles diverses, parfois très petites, n’excédant pas quelques kilomètres carrés de superficie. L’océan y exerce un rôle de première importance dans la vie des humains. Présent de manière permanente à la vue, il l’est aussi à l’ouïe avec le rythme constant de son ressac. Au quotidien, l’océan est au cœur des pratiques de pêche des hommes et des femmes, et des jeux des enfants. Il permet le transport du produit des jardins sur de petites pirogues monoxyles. Le matin, à marée basse, certaines zones récifales servent de latrines. Le soir, les passes, ces couloirs sablonneux dans les récifs, sont le lieu des ablutions, où chacun vient frotter énergiquement sa peau, son cuir chevelu et ses dents avec le fin sable blanc qui couvre le fond de la mer, avant de se rincer avec l’eau douce tirée des puits. La nuit, depuis les maisons de bois et de feuilles, on perçoit encore le souffle de l’océan lorsqu’il est agité. La cartographie mentale des Salomonais établis dans ces zones rurales 1 rend compte de l’omniprésence du domaine marin dans leur vie. Elle inclue et découpe en territoires précisément connus, répertoriés et nommés le rivage, les récifs et les zones de haute mer comme elle le fait avec la partie terrestre de l’île. Les parcelles marines sont ainsi mentalement circonscrites et réparties, tout comme les vergers et les jardins, entre les différents clans présents qui y puisent leurs ressources. De tout temps l’océan a également été central dans la mobilité des insulaires. C’est en navigant que l’archipel a été peu à peu été découvert puis habité par des vagues de peuplements papous, austronésiens et polynésiens échelonnés sur 29 000 ans. Bien plus tard 1 Environ 90% de la population actuelle