245 purement décorative. Les deux propositions qui font de l’art de l’âge du Fer une manifestation ornementale, comme en particulier chez Joseph Déchelette (1914, 1508–1509) ou chez Henri Hubert (1932, 141–142), ou encore une mani- festation « réfractaire aux images » (ou « ani- conique », comme chez Raymond Lantier 1946, 74) sont également fausses. Ces interprétations témoignent surtout d’une position idéologique informulée, qui place – dans une hiérarchie ima- ginaire des représentations artistiques – les igu- rations stylisées ou géométriques des sociétés « primitives » ou « barbares » à un stade inférieur, du point de vue du développement intellectuel des civilisations, à celui des igurations natu- ralistes des sociétés classiques (Semper 1861 ; Haddon 1895 ; Riegl 1923). Fondamentalement, l’acte apparemment simple de dessiner une igure sur un support revient à tenter de proposer une solution accep- table à un problème de représentation visuelle particulièrement ardu : il s’agit de déterminer les moyens de représenter un objet composé de plusieurs faces ou côtés visibles dans un espace – l’espace projeté sur le support du dessin – qui lui-même ne possède qu’une seule face. Dans un langage plus mathématique, on pourrait dire également qu’il s’agit de igurer sur un support à deux dimensions un objet développé en trois dimensions : dans ces conditions, com- ment rendre apparentes ces parties cachées de la igure (car situées derrière ou sur les côtés), qui sont masquées par le corps de la igure elle-même, selon l’angle d’observation visuelle choisi pour la représenter ? À ce problème élé- mentaire, la représentation des scènes ajoute un degré de complexité supplémentaire : elle exige en effet de faire apparaître simultanément plusieurs igures qui, elles-mêmes, ne sont pas toutes complètement visibles ensemble dans le même plan, ou plus exactement sous le même Comment étudier les images ? En archéologie, autant il est essentiel, lorsqu’on étudie des objets manufacturés, de déterminer à quelle fonction technique ils étaient destinés et comment ils ont été fabriqués (Guillaumet 2003), autant il est indispensable, lorsqu’on étudie des représentations iguratives, de déterminer ce qu’elles représentent et comment elles sont visuel- lement construites. Or, si les igures zoomorphes ou anthropomorphes de l’art du Second âge du Fer ont été abondamment commentées du point de vue stylistique ou typologique, la plu- part des auteurs ne se sont guère intéressés au problème de leur lecture, comme si celle-ci ne constituait pas un sujet de discussion. À la suite des œuvres fondamentales de Paul Jacobsthal et de Paul-Marie Duval surtout les spécialistes ont beaucoup disserté sur les processus de composi- tion de motifs stylistiques et leur évolution typo- logique. En revanche, fort peu de chercheurs – à l’exception notable de Paul Jacobsthal lui- même – ont porté leur attention sur les procédés de représentation visuelle mis en œuvre pour pro- duire les igures de l’art laténien. En effet, l’acte de représenter une igure quelconque nécessite qu’on la projette dans un espace déini par des dimensions spatiales spéciiques et qu’on la montre selon un point de vue particulier situé quelque part dans l’espace. La négociation de ces contraintes de représentation se traduit par la production de codes de représentation visuelle, qui conditionnent toute création de igures. Ces codes protohistoriques étant fondamen- talement différents de ceux transmis par la tradi- tion naturaliste de l’art occidental, les chercheurs du XIX e siècle en ont inconsciemment déduit que ceux-ci étaient primaires, si ce n’est incon- sistants. Cette approche a eu pour conséquence de repousser spontanément les igurations de l’art de La Tène aux conins de l’ornemental ; en d’autres termes d’en faire une production BUFM xx, Olivier, „Les codes de représentation visuelle dans l’art celtique ancien“, xx–xx Les codes de représentation visuelle dans l’art celtique ancien Laurent Olivier