In Antonioli M. (dir.) (2013). Théories et pratiques écologiques. De l’écologie urbaine à l’imagination environnementale , Paris, Presses Universitaires de Paris Ouest, 121-136. Écosophie, éthique de la terre et subjectivité. Vers une éthique intégrative de la nature ? L’opuscule de Félix Guattari publié en 1989, Les trois écologies, exprime une intuition forte. Il s’agit moins de l’intuition d’un mot – « écosophie » – que d’une idée 1 . Pour le psychanalyste et philosophe, il convient d’articuler les trois sphères des pratiques sociales et individuelles, les trois écologies que sont celles de l’environnement, de la société et de la subjectivité 2 . Cette recomposition des relations humaines à la nature, au social et au mental ne peut se produire que « sous l’égide éthico-esthétique d’une écosophie 3 ». L’écosophie guattarienne s’efforce donc de rassembler des conduites isolées et disparates – que ce soit envers soi-même, les autres ou l’environnement – à travers une visée commune d’ordre éthique et esthétique. Il semble, néanmoins, que le volet environnemental de l’écosophie soit de fait subordonné aux volets subjectif et social. Un retour à la nature, écrit F. Guattari, passe par une mise en cause « de l’ensemble de la subjectivité et des formations de pouvoirs capitalistiques 4 ». En outre, la reconfiguration écosophique est clairement liée à une volonté de maîtrise de l’environnement. L’auteur n’invite pas à redécouvrir une nature autonome, à nouer de nouvelles alliances avec elle. Au contraire, il semble prôner les valeurs prométhéennes de l’humanité : « De plus en plus, les équilibres naturels incomberont aux interventions humaines 5 » peut-on lire dans Les trois écologies. 1 Le mot « écosophie » apparaît déjà en 1973 sous la plume d’Arne Naess, fondateur du mouvement de la deep ecology : « Par écosophie, écrit l’auteur, j’entends une philosophie de l’harmonie ou de l’équilibre écologique. » Et par philosophie, il veut signifier un « genre de sophia-sagesse [qui] est ouvertement normative, […] contient à la fois des normes, des règles, des postulats, des thèses se rapportant à un système de valeurs prioritaires et des hypothèses sur la situation de fait de notre univers ». Cf. NAESS Arne, « Le mouvement de l’écologie superficielle et le mouvement d’écologie profonde de longue portée. Une présentation », in Éthique de l’environnement. Nature, valeur, respect, AFEISSA Hicham-Stéphane (dir.), trad. et présentation H.-S. Afeissa, Paris, Vrin, « Textes clés », 2007, p. 58 2 Voir GUATTARI Félix, Les trois écologies, Paris, Galilée, 1989, p. 12-13. 3 Ibid., p. 31. 4 Ibid., p. 48. 5 Ibid., p. 68. 1