La invención de una geografía de la Península Ibérica. 2. La época imperial, CRUZ ANDREOTTI, G., LE ROUX, P., MORET, P., eds., Málaga-Madrid, 2007, pp. 1 LA GEOGRAPHIE ROMAINE IMPERIALE, ENTRE TRADITION ET INNOVATION PASCAL ARNAUD Université de Nice – Sophia-Antipolis Je remercie infiniment les organisateurs de ce colloque d’avoir bien voulu me confier la tâche difficile d’introduire cette rencontre. Honneur redoutable quand je vois combien d’autres auraient pu s’acquitter avec un bonheur au moins égal de cette tâche, parmi les illustres collègues qui collaborent à ce volume, et au nombre desquels j’ai la chance de compter beaucoup d’amis chers. Pour nous avoir offert l’opportunité de cette rencontre, qu’ils soient aujourd’hui remerciés: elle nous permettra de mesurer, grâce à eux tous, l’ampleur du chemin parcouru durant le dernier quart de siècle, et la complexification progressive de l’objet étudié. Il ne sera assurément pas de mon propos de réduire la production géographique d’époque impériale à celle des périodes antérieures. Une telle réduction équivaudrait à méconnaître entièrement les évolutions quantitatives et qualitatives des connaissances géographiques et de leur mise en forme et en système qui caractérisent quatre siècles d’histoire impériale dont il est douteux qu’ils aient constitué eux-mêmes un ensemble entièrement cohérent à une échelle aussi longue. Il convient néanmoins de se garder d’une position qui réduirait ces évolutions à un simple progrès des connaissances ou même à une révolution. C’est sur ce jeu complexe d’empilage de strates où tradition et innovation entretiennent des rapports complexes que je voudrais m’arrêter dans cette introduction, dans le souci d’éviter toute systématisation abusive. Je partirai d’un constat simple: si l’on excepte le pseudo-Skylax, le périple dit “de Hannon”, un large extrait du second livre de la Géographie d’Artémidore, de découverte récente et d’authenticité déjà contestée, nous n’avons de connaissance directe d’aucun texte géographique antérieur à l’empire. On doit tirer de ce constat trois conséquences qui expliquent le choix de notre titre. La première est que nous ne connaissons les auteurs antérieurs que par leur intermédiaire et qu’ils en restent à ce titre largement tributaires. C’est l’un des aspects du poids de la tradition. La seconde est que nous avons perdu les uns et conservé les autres, et que certains auteurs d’époque impériale étaient à leur tour devenus, à la veille de l’Antiquité Tardive, la tradition. La troisième est sans doute que la notoriété qui s’attache à un auteur, et s’exprime, notamment, par son intégration à la doxographie, est inversement proportionnelle à la lecture directe et de première main de son œuvre. 1. L’héritage du passé et le poids du conservatisme structurel de la géographie ancienne La démarche géographique héritée d’Ératosthène en est en partie responsable. Elle se fonde sur une méthode, la diorthôse, qui entretient avec la tradition antérieure des liens paradoxaux. D’abord, parce que la “correction” n’est pas condamnation globale, et qu’elle conduit à valider la majeure partie des données antérieures. Ensuite parce que ce