65 Femmes nigérianes déplacées, filles à la merci Sur les usages de l’ethnopsychiatrie Simona Taliani 1. Morceaux d'Afrique Mobilité religieuse : retours croisés de l'Afrique à l’Europe : on pourrait paraphraser ainsi, en reprenant le titre d’un ouvrage col- lectif récemment publié en France1, l’objet du présent chapitre. Je me propose en effet de montrer comment une certaine forme de « butinage religieux » (Droz, Oro, Soares, 2014 : 17), ou de « bras- sage multiculturel » (Pietz, 2005 : 8), dont l’origine remonte à l’arri- vée des Européens en Afrique, est actuellement en train d’effectuer le trajet inverse, depuis l’Afrique vers la rive européenne de la Méditerranée, suivant en cela un nouveau système migratoire, incarné par des jeunes femmes en quête d’une vie meilleure. En effet, dans les récits des jeunes Nigérianes que j’ai rencontrées, les itinéraires d’accumulation (Geschiere, Konings, 1993) s’entre- mêlent et se superposent à leur plan de foi et à leur parcours de soins, dès lors que la croyance en l’efficacité du rite (auquel elles ont été soumises avant le départ) se renverse et devient crainte de rétorsions, de violences ou des effets d’une maladie incurable, à l’origine d’une véritable angoisse de mort. Le processus de « deve- nir-clandestin »2 qui les guette en Europe matérialise leur terreur 1. Mobilité religieuse. Retours croisés des Afriques aux Amériques, sous la direction de P. Chanson, Y. Droz, N. Gez, E. Soares (Paris, 2014). 2. Le parcours de ces femmes obéit le plus souvent à un même schéma : à peine arrivées en Italie, elles introduisent une demande d’asile politique, qui est le plus souvent rejetée. Dans ces cas, la Commission ter- ritoriale chargée d’évaluer ces demandes de protection internationale, a 2