625 Simon Leys face à Pierre Loti : théâtre d’un malentendu Sophie Basch En 1971, la préface que Roland Barthes rédigea pour l’édition italienne du premier roman de Pierre Loti, Aziyadé (le récit des amours clandestines, à Constantinople, d’un ofcier de marine anglais et d’une jeune esclave turque), ft sensation. Près d’un siècle après la publication d’Aziyadé (1879), cette préface fut reprise en 1972 dans la revue Critique, avant de devenir un chapitre de la nouvelle édition du Degré zéro de l’écriture, suivi de Nouveaux Essais critiques. La rencontre entre l’un des penseurs les plus en vue de son temps, fgure de proue de la sémiologie et du structuralisme français, et un romancier qui passait pour démodé, désuet, avait à première vue de quoi surprendre. Dans sa récente biographie,Tiphaine Samoyault a relevé que Barthes transposait les principaux motifs de son existence personnelle et esthétique dans sa sympathie pour Loti, écrivain de l’autoportrait plus ou moins déguisé, de l’incident comme degré zéro de la notation, et du « séjour », ce statut intermédiaire entre le tourisme et la résidence pleinement assumée du citoyen : un état inclassable de suspension 1 . Barthes entama la rédaction de son essai sur Loti en 1970, année où parut L’Empire des signes, synthèse des notes prises au cours de trois voyages au Japon, vécu comme un espace du vide (de même qu’Aziyadé était le livre du rien et du détour, de l’anacoluthe), qui lui permet de se libérer des contraintes occidentales qu’il lui arrive de qualifer de « terroristes », de laisser venir à lui des signes qui inscrivent enfn son corps dans l’espace et le défnissent pleinement comme sujet. 1. T. Samoyault, Roland Barthes, p. 454-455.