La rentrée en guerre de la Roumanie reflétée dans les documents français C ETTE BRÈVE étude vise les circonstances dans lesquelles, à l’automne de l’an 1918, les autorités roumaines, principalement le souverain Ferdinand I er ont décidé de briser la paix signée à Bucarest le 24 avril/le 7 mai avec les Empires Centraux et la revenue dans la guerre à côté des puissances alliées et associées. 1 En même temps, on poursuit les antécédents de cette action et on analyse l’attitude adoptée par la France dans le contexte de l’intervention roumaine. Comme sources, on a utilisé spécialement des documents provenant des archives militaires et diplomatiques françaises. Après le traité de paix, les communications de la France avec le Royaume de Roumanie ont beaucoup souffert. Dans ce sens, le 9 juillet, le ministre des affaires étrangères Stephen Pichon écrivait au Président du Conseil des ministres et Ministre de la guerre, Georges Clemenceau: Par votre lettre du 5 de ce mois, vous avez bien voulu m’entretenir des lenteurs et des complications qui résultent de l’interruption des communications radiotélégraphiques chiffrées avec la Roumanie. La décision que le Gouvernement roumain a prise à cet égard est rigoureusement appliquée à toutes les Légations neutres ou alliées accréditées auprès de lui. Elle a provoqué des protestations formelles, de notre part et de la part de nos alliés, et nous avons, par mesure de représailles, retiré à la Légation de Roumanie la faculté de recevoir ou d’envoyer des télégrammes chiffrés. À la suite de cette dernière interdiction le Gouvernement Roumain nous a proposé une transaction aux termes de laquelle les Légations à Jassy eussent été autorisées à recevoir nos télégrammes en chiffres, mais non à en expédier, le même régime devant être appliqué à la Légation de Roumanie à Paris. Nous avons décliné cette offre et intégralement maintenu notre réclamation. L’interruption des communications radiotélégraphiques chiffrées avec Jassy a été cer- tainement imposée au Gouvernement roumain par les allemands, qui seuls peuvent y trouver des avantages et des garanties. La mainmise des autorités allemandes sur la Roumanie est aujourd’hui si complète que les démarches qui seraient tentées par les alliés pour recouvrer la liberté de leurs communications chiffrées demeureraient vaines sans aucun doute, et qu’il me paraît préférable de nous en abstenir. 2 H ADRIAN G ORUN