Quaderns d’Història de l’Enginyeria volum xv 2016 - 2017 225 ARCHÉOLOGIE DE L’INGÉNIEUR LIBÉRAL: LES MINES ET LA TECHNIQUE EN FRANCE, 1760-1820 Anne-Françoise Garçon afgarcon@univ-paris1.fr A André Grelon, en amical hommage 1.- Introduction. Le corps des Mines en France passe pour être l’un des meilleurs représen- tants du dirigisme économique, l’héritier du colbertisme. Christian Stoffaes l’expliquait lors du colloque organisé en 2010 au moment de la fusion des deux corps: Mines et Télécommunications 1 . Dans La gloire des ingénieurs déjà, Hélène Vérin interprétait la volonté des ingénieurs des mines «d’organiser les conditions d’une meilleure productivité», en 1791, comme la preuve d’un «dirigisme d’obédience mercantiliste». Elle y voyait confirmation du propos de C.H. Wilson dans la Cambridge Economic History of Europe, «selon lequel la caractéristique essentielle des mercantilistes, c’est peut-être leur croyan- ce dans la possibilité désirable du changement matériel, et leur aptitude à mettre au service de cette croyance une énergie, une concentration et une organisation sans précédent» 2 . Ce lien ontologique entre le corps des Mines et le colbertisme n’est pas confirmé par l’analyse historique. En fait, les milieux réformateurs européens ont longuement interrogé le statut de la technique à l’époque moderne. Au XVII e siècle, Francis Bacon mit à jour l’existence d’une temporalité propre à 1 STOFFAËS, Christian (2012) «Deux siècles d’action et d’influence: le rôle du corps des Mines dans la politique industrielle française». In: GARÇON, A.-F.; BELHOSTE, B. (ed.) Les ingé- nieurs des Mines: cultures, pouvoirs, pratiques: Colloque des 7 et 8 octobre 2010. Nouvelle édition en ligne. Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 199-221. 2 VÉRIN, Hélène (1993) «Un lieu inédit: l’ingénieur, l’Etat, l’entreprise». In: La gloire des ingé- nieurs: L’intelligence technique du XVI e au XVIII e siècle, Paris, Albin Michel, 218.