Neuropathologie de la schizophrénie
N Franck
Résumé. – L’examen anatomopathologique du cerveau est utilisé dans la recherche des soubassements
organiques de la schizophrénie. Les études récentes se sont concentrées sur le lobe frontal et la formation
hippocampique, dont les fonctions sont atteintes dans ce trouble. Diverses anomalies des volumes régionaux,
de la densité neuronale, du volume des neurones et du nombre des épines dendritiques ont pu être mises en
évidence. Leur rôle physiopathologique précis reste à élucider.
© 2003 Editions Scientifiques et Médicales Elsevier SAS. Tous droits réservés.
Mots-clés : anatomopathologie, lobe frontal, lobe temporal, hippocampe, cytoarchitecture.
Introduction
Depuis la description par Kraepelin puis Bleuler des troubles
schizophréniques il y a environ un siècle, de nombreux travaux se
sont succédé à la recherche d’anomalies cérébrales pouvant
expliquer les symptômes des patients. Ces travaux ont porté non
seulement sur la structure du cerveau (dont il va être question ici),
mais aussi sur son fonctionnement (à travers des études en
potentiels évoqués et en neuro-imagerie fonctionnelle -tomographie
par émission de positons et imagerie par résonance magnétique
fonctionnelle- permettant de cartographier l’activité cérébrale).
D’hypothétiques anomalies anatomiques, histologiques ou
cytologiques peuvent être accessibles d’une part à la neuro-imagerie
morphologique (c’est-à-dire en pratique la tomodensitométrie et
l’imagerie par résonance magnétique), procurant des informations
sur l’aspect macroscopique du cerveau in vivo, et d’autre part à
l’examen anatomopathologique des tissus cérébraux
(neuropathologie), permettant la recherche de particularités
microscopiques. L’anatomopathologie, qui concerne des fragments
d’autopsie, a été seule utilisée dans cette quête étiologique jusqu’au
développement des techniques de neuro-imagerie. Elle a bénéficié
assez récemment des avancées techniques de l’immunohistochimie
et de la génétique moléculaire, qui ont ouvert de nouvelles
perspectives de recherche en permettant l’étude de la constitution
chimique des tissus.
Cet article donne un aperçu des travaux neuropathologiques réalisés
chez les sujets schizophrènes, à travers les résultats des études
concernant les deux régions cérébrales les plus étudiées : le cortex
préfrontal et la formation hippocampique. La plupart des études
concerne en effet le cortex cérébral associatif, siège des fonctions
supérieures atteintes par le processus schizophrénique, les structures
limbiques (jouant un rôle dans le contrôle des émotions qui est
perturbé dans la schizophrénie), ainsi que les noyaux gris centraux,
impliqués dans le contrôle des mouvements (or des signes
neurologiques mineurs sont fréquemment observés dans la
schizophrénie, indépendamment des effets neurologiques du
traitement). Il est toutefois difficile de savoir si les anomalies mises
en évidence au niveau des noyaux gris centraux (comme
l’augmentation du nombre des récepteurs D2) sont causées
directement par la schizophrénie ou par les traitements
neuroleptiques reçus par les patients.
Historique
Grâce à l’anatomopathologie, on savait déjà au début du XX
e
siècle,
à travers en particulier les études d’Alzheimer et de Nissl, travaillant
avec Kraepelin, que la schizophrénie (alors encore appelée démence
précoce) peut être associée à des anomalies anatomiques ou
histologiques. Et, si le contenu de la boîte crânienne ne paraissait
pas modifié de façon spectaculaire d’un point de vue
macroscopique, on avait observé au niveau microscopique une
altération des neurones des couches profondes du cortex et une
perte cellulaire notable
[19]
.
Au cours du XX
è
siècle, on a en vain cherché une anomalie
histologique spécifique et, les différents résultats retrouvés n’étant
pas reproductibles, petit à petit, la conviction s’est forgée que l’étude
anatomopathologique du cerveau des schizophrènes n’était pas
pertinente pour la compréhension de la maladie (qui a même été
qualifiée de « cimetière des neuropathologistes »
[23]
). On a alors
considéré la schizophrénie comme relevant de mécanismes
purement psychopathologiques. Cette croyance n’a été ébranlée que
dans le troisième quart du siècle, après l’étude de Johnstone et al
[17]
.
Ces auteurs avaient rapporté une dilatation des ventricules
cérébraux chez 15 des 17 schizophrènes dont ils avaient réalisé
l’étude tomodensitométrique. Ce résultat était enfin reproductible et
obtenu avec une méthode dénuée d’inconvénient majeur
(contrairement à la pneumoencéphalographie gazeuse qui était
utilisée jusque-là dans le même but, mais avec nettement plus de
risques, une méthodologie beaucoup moins rigoureuse et donc des
résultats moins fiables) et de multiples travaux ont pu le confirmer
par la suite et mettre également en évidence une diminution du
volume cérébral total moyen
[34]
. Même si aucun signe
pathognomonique de la schizophrénie n’avait été trouvé et si la
plupart des patients ne présentait pas d’anomalie cérébrale
identifiable par la neuro-imagerie, il était néanmoins clairement
apparu que des anomalies neurostructurales touchaient plus
fréquemment les schizophrènes que les sujets sains.
Nicolas Franck : Praticien hospitalier universitaire, service du professeur Terra, centre hospitalier Le Vinatier,
69677 Bron cedex, France , Institut des sciences cognitives, UMR 5015 (CNRS et Université Claude Bernard.
Encyclopédie Médico-Chirurgicale 37-285-A-18
37-285-A-18
Toute référence à cet article doit porter la mention : Franck N. Neuropathologie de la schizophrénie. Encycl Méd Chir (Editions Scientifiques et Médicales Elsevier SAS, Paris, tous droits réservés), Psychiatrie, 37-285-A-18, 2003,
6 p.