9 es Journées d’études Céreq – Lasmas-IdL, Rennes, 15 et 16 mai 2002 « Formation tout au long de la vie et carrières en Europe » De l’immigration étrangère parentale à la mobilité sociale des jeunes adultes : lignée familiale et dynamiques professionnelles individuelles au début des années 1990 Jean-Luc Richard, Anne Moysan-Louazel Les vingt dernières années ont montré l’acuité des débats sur le « devoir d’insertion » que la société française devrait avoir à l’égard des jeunes adultes, notamment ceux dont les parents furent immigrants (Marangé, Lebon, 1982). L’exploitation des données de l’échantillon démographique permanent (EDP) de l’INSEE, données issues de trois recensements successifs et contenant des informations de nature biographique sur les jeunes adultes et leurs parents permet de comparer d’une part la trajectoire des jeunes issus de l’immigration à celles de leurs pères, et d’autre part la mobilité intergénérationnelle des enfants d’immigrés à celle des enfants de Français de naissance (Richard, 1997b). Or, si le sujet est d’importance, la comparaison de la mobilité sociale ou intergénérationnelle des enfants d’immigrés, avec celle des enfants de Français de naissance est délicate. Si cette analyse conclut à une mobilité professionnelle ascendante des enfants d’immigrés et à des dynamiques de mobilité relativement proches entre les enfants d’immigrés et les enfants de Français de naissance, les résultats doivent cependant être relativisés tant les comparaisons sont rendues délicates par de nombreux éléments. L’apparente mobilité sociale des premiers est en partie expliquée par les départs de certains jeunes vers les pays d’origine des parents, phénomène sélectif. Elle est aussi probablement le résultat d’une évolution de la structure des emplois indépendante de la structure profonde de la mobilité. Par ailleurs, si la dynamique d’alignement des trajectoires est effective, elle est marquée par une précarisation croissante des situations pour tous les jeunes et en particulier pour les jeunes issus de l’immigration. Les résultats empiriques de toutes les études disponibles sur le sujet montrent indiscutablement que le mode de régulation du marché du travail n’est pas homogène et que la segmentation du marché du travail est une réalité aujourd’hui en France. Il semble ainsi indispensable de se reporter à la dynamique du marché du travail dans laquelle s’inscrivent ces évolutions pour en appréhender correctement le sens. Cette dynamique influence en effet directement la mobilité professionnelle des jeunes en général et des jeunes issus de l’immigration en particulier. Le marché du travail et, par conséquent, la mobilité sociale des jeunes issus de l’immigration, ont connu des évolutions importantes durant les décennies des années 1980 et 1990 : par conséquent, l’examen approfondi de leur relation doit se faire, selon nous, selon une approche diachronique. La première partie de l’article présentera la méthodologie retenue et certains résultats de l’exploitation de l’EDP. La seconde partie sera consacrée à l’exposé des nouvelles réalités du marché du travail et à la place des jeunes sur celui-ci. Nous montrerons que les caractéristiques des jeunes d’origine étrangère, pris dans leur ensemble, sur le marché du travail sont conformes à celles des autres jeunes actifs de France, certaines situations difficiles touchant cependant davantage certains jeunes issus des familles originaires du Maghreb. Les éléments réunis permettront une conclusion en termes de diversité ambivalente dans l’évolution de la situation des jeunes actifs issus de l’immigration.