Bulletin de l’A.M.A.R.A.I., n° 22, 2009, p. 39-81. LA PROBABLE AGGLOMÉRATION PORTUAIRE DU SECOND ÂGE DU FER D’URVILLE-NACQUEVILLE Un état de la documentation 1 Anthony LEFORT* et Cyril MARCIGNY** avec la collaboration de Anne Baron, Cécile Binet, Lisa Brown, Barry Cunliffe, Emmanuel Ghesquière, Éliane Paysan, Ian Ralston, Stephan Wirth et Jean-Marc Yvon Dans le cadre des travaux 2008 du PCR «Archéologie, Histoire et Anthropologie de la pres- qu’île de la Hague» et d’un mémoire universitaire de l’Université de Dijon (conduit par l’un d’entre nous : A.L.), il a été mis en chantier cette année le réexamen du site d’Urville-Nacqueville à travers les collections et les archives conservées au Muséum E. Liais et au Musée de l’Homme à Paris ( collec- tion Vayson de Pradenne ; dépôt fait en 1940 d’une partie de la collection Rouxel). Souvent cité et pourtant particulièrement méconnu, ce gisement est localisé au sud du site bri- tannique contemporain d’Hengistbury Head, véritable port d’entrée par lequel transitaient les produits continentaux destinés au marché insulaire (Cunliffe 1987). Le gisement découvert à la fin du XIX ème s. a fourni, lors des prospections anciennes, un abondant mobilier rattachable à La Tène moyenne et finale, dont une importante collection d’ébauches de bracelets en lignite dont P.-R. Giot estimait intuitivement que la matière première était susceptible de provenir de la région de Kimmeridge, dans l’actuel Dorset sur la côte sud de l’Angleterre. LOCALISATION DU SITE Le site archéologique a été découvert au XIX ème s. au lieu dit «La Batterie Basse» sur une plage sableuse des communes, aujourd’hui rattachées, d’Urville et Nacqueville, de part et d’autre du fort de Nacqueville. Cette commune aux portes de la presqu’île de La Hague se situe à une douzaine de kilomètres à l’ouest de l’agglomération de Cherbourg-Octeville sur la côte nord du département de la Manche (fig. 1). Localisé en zone d’estran, le gisement était, jusqu’il y a peu encore, régulièrement découvert par le retrait des eaux lors des grandes marées ou lors de tempêtes d’amplitude exception- nelles, phénomènes qui ont permis sa mise au jour il y a près de 140 ans. Le sédiment humide et tour- beux dans lequel les vestiges sont enfouis leur a assuré, jusqu’à aujourd’hui, une préservation excep- tionnelle qui a attisé l’intérêt des antiquaires puis des archéologues normands. Constamment menacé par l’érosion marine, le site fait donc face à une situation paradoxale et inquiétante dans laquelle les vestiges conservés dans un état tout à fait remarquable sont dans le même temps menacés de destruc- tion irrémédiable par le jeu de l’érosion marine (fig. 2). La baie de Nacqueville est en effet un milieu complexe et fragile. On y observe depuis plus d’un siècle un processus de démaigrissement de l’estran, en raison de facteurs climatiques qui influen- cent épisodiquement la propagation des houles et l’action de la dérive littorale. Le profil des plages se modifie alors rapidement lors de grandes marées ou de tempêtes (fig. 2). Ainsi disparaît la couverture sableuse de même que s’abaisse le profil de l’estran tout en s’étirant vers les terres et que recule et s’érode le cordon littoral (Peuchet et al., 1994). Cette érosion marine a pour conséquence de livrer les sédiments encaissants et les vestiges archéologiques en proie aux caprices des marées. 1 Cet article est un extrait d’une publication paru dans le cadre du PCR «Archéologie, Histoire et Anthropologie de la presqu’île de la Hague» (publication gratuite mais hélas à diffusion restreinte)