François Poiré / Svetlana Kaminskaïa / Rémi Tremblay Conséquences du contact avec l’anglais sur la réalisation de la liaison et du schwa en français de Windsor, Canada 1. Introduction La communauté francophone de la région de Windsor dans le sud-ouest de l’Ontario constitue un des plus vieux établissements français en Amérique (cf. Thériault 1999). Depuis 1701, cette communauté traditionnellement rurale s’est transformée peu à peu sous l’effet de l’industrialisation de Windsor, ville jumelle de Detroit aux États-Unis, tout en voyant diminuer son poids démographique relatif dans cette province canadienne. Conséquemment, il est de plus en plus difficile pour les locuteurs français d’éviter l’influence directe de la langue anglaise, en particulier chez les plus jeunes qui très tôt sont en contact direct et continu avec la communauté majoritaire. Deux phénomènes constitutifs de la phonologie de toutes les variétés de français retiennent notre attention. En premier lieu, nous regardons la réalisation (ou non- réalisation) du schwa dans différents environnements segmentaux et prosodiques. En français canadien, le schwa est habituellement analysé comme montrant une distribution similaire au français standard (cf. Walker 2001). En second lieu, la réalisation (ou non- réalisation) de la liaison est l’objet de notre étude. Encore une fois, en langage spontané, il est rapporté (cf. Léon / Léon 1980) que la distribution de la liaison en français canadien ne diffère pas du français standard. 1 Par contre, plusieurs études montrent que même en dehors des contextes de contact linguistique, le schwa et la liaison montrent des signes évidents de changements en cours (cf. Durand / Laks / Lyche 2002) Nous cherchons donc à savoir si les changements observés dans la réalisation du schwa et de la liaison dans la communauté de la région de Windsor sont attribuables aux tendances observées dans la francophonie mondiale ou encore s’il s’agit de phénomènes locaux potentiellement causés par le contact avec l’anglais. À partir d’un corpus de huit locuteurs provenant des données du projet Phonologie du français contemporain (cf. Durand / Laks / Lyche 2005 ) codé pour le sexe, l’âge et le degré d’influence de l’anglais, ––––––– 1 Deux autres phénomènes dont nous ne parlerons pas dans cet article ont été étudiés. Il s’agit de l’affrication des occlusives dentales devant les voyelles fermées antérieures, typique du français canadien non acadien et de l’aspiration des occlusives en début de mot, caractéristique de l’anglais nord-américain et fréquemment réalisée en français canadien (cf. Walker 2001).