1 Les « enlèvements » ET : réels ou imaginaires ? Si l’on en croit la chronique, une multitude d’extraterrestres arrivés jusqu’à la Terre - aux larges yeux et à la peau grise (!) - seraient engagés, depuis plus de 50 ans, dans une vaste opération d’enlèvements d’individus visant à faire des prélèvements et des examens sur la population humaine, surtout anglo- saxonne, à des fins indéfinies et mystérieuses… Rien que cela ! Face à pareille et extraordinaire assertion, la question qui se pose est : les personnes qui témoignent de cette opération, sont-ils réellement emportés dans l’espace, examinés, et ensuite restitués ? En d’autres termes, y a-t-il quelque chose d’objectif derrière toute cette affaire ou bien n’est-ce que fantasmagories manifestement subjectives (irréelles), voire psychiatriques ? « Il faut se souvenir qu’il y a, chez tous les esprits peu cultivés 1/ , une tendance à transformer les images internes en faits objectifs ; on croit aisément avoir vu ce que l’on s’est imaginé ». F. Myers, Les Hallucinations Télépathiques, Félix Alcan, 1905. Que des vaisseaux spatiaux venus d’ailleurs hantent notre ciel, c’est déjà peu évident compte tenu de toutes les objections qui s’y opposent : mais n’est-ce pas grâce à un tel scénario de vol spatial que la technologie terrestre a pu réaliser, dans le ciel lunaire (missions Apollo) et martien (sondes et autres engins posés et explorateurs), ses premiers pas hors de sa planète originelle ? Que les pilotes de ces engins aient pu s’en extraire après atterrissage sur Terre, pourquoi pas, les astronautes des missions lunaires ont bien fait de même ? Déjà, l’aspect et l’attitude de certains de ces prétendus « extraterrestres » (ET) (humanoïdes à l’allure trop humaine et surtout sans combinaison spatiale), ont soulevé des interrogations quant à leur provenance. Mais qu’en plus, à l’insu des autorités officielles et en toute impunité, ces ET débarqués sur notre sol s’adonnent, compulsivement, à une opération massive d’échantillonnage et de sévices divers sur les humains sans que la moindre preuve physique, si ce n’est celle des témoignages ahurissants des victimes, soit disponible, est une fable difficile à avaler autrement que comme un conte de fées moderne. Une fable à forte tendance libidinale trop « humaine » à mon sens Et pourtant l’ufologie, tout d’abord réfractaire puis « reluctante » à s’y intéresser, après avoir longtemps nié 2/ ces récits de prétendus enlèvements ET, à dû se résoudre à les intégrer dans son corpus; une concession qui pourrait bien à terme la ridiculiser et la décrédibiliser totalement et pas seulement aux yeux des scientifiques déjà peu enclins à quelque considération envers elle. Ceux-ci, d’ailleurs, ne s’y sont pas trompés en la laissant se dépêtrer avec cette facette connexe difficile à interpréter. Heureusement, après une longue période de grande confusion, certains indices récents semblent indiquer qu’on revient à plus de raison ; et c’est tant mieux. Brièvement voyons comment cette thèse des « enlèvements ET » a émergé du milieu occultiste et spiritualiste pour venir s’imposer en ufologie, puis appesantissons-nous sur ce qui a pu amener à cette poussée médiatique délirante des années 1990-95 (d’aucuns y voient le mécanisme d’implantation d’un mythe contemporain 3/ ) pour finalement constater qu’après une véritable autodestruction par le nombre, après avoir engendré les pires excès (notamment dans la quête de « preuves » tangibles), les pires outrances, l’épidémie est en passe de sombrer dans un salutaire reflux observé aujourd’hui. Un retour aux fondamentaux de l’ufologie : les observations 4/ célestes et les enquêtes sur le terrain - dont tout ufologue ne peut que se réjouir, du moins à mon sens. Examinons d’abord comment l’idée de relations psychiques entre certains hommes (on nomme ces gens privilégiés des « contactés ») et des créatures étrangères à notre planète (aliens) s’est immiscée insidieusement dans l’ufologie, en une parodie de la rencontre de Moïse avec Dieu sur le Mont Sinaï (Exode, 19 :16-20). Née en Europe, elle a fait ensuite florès Outre Atlantique. Contactés voyageurs Bien que le premier « contacté » fût suédois, l’Amérique a, depuis toujours, été une pépinière pour les contactés de tous poils. E. Swedenborg (1688-1772), dans son traité cosmologique publié en 1758, informait le monde qu’il avait personnellement visité les différentes planètes du système solaire (sauf Uranus, Neptune et Pluton inconnues à son époque !) et même au-delà et y avait découvert tous les bienfaits qu’il aurait souhaité voir appliquer à notre monde : justice sociale, progrès technologique, éducation publique et bien-être moral... Avant 1900, la Suissesse Catherine Elise Muller, alias Helène Smith, ramena de ses pérégrinations médiumniques sur Mars des paysages pittoresques (descriptions, dessins) mais aussi une langue martienne (!) sur laquelle cogita longuement le professeur de psychologie genevois Theodore Flournoy (1854-1920) malgré l’évidence qu’elle présentait beaucoup de similitudes avec le français ! Ces deux précurseurs issus de la tradition religieuse mystique, voyageant « en astral » plutôt qu’en ovni, furent prolongés par la mouvance occulte à travers la théosophie 5/ , jusqu’à l’arrivée de l’ufologie moderne quand certains témoins arguèrent de leur réussite dans une communication psychique avec les occupants des mystérieux « airships » (1946) ; puis, avec les pilotes des soucoupes volantes (1950).