En finir avec la neutralité La Fabrique de linfo, 19 octobre 2018. Url : http://lafabriquedelinfo.fr/en-finir-avec- neutralite/ Temps de lecture : 14 minutes À rebours d’une information « neutre » et « objective », certains journalistes font de leur engagement le moteur de leur travail. Une situation qui crée le débat au sein de la profession. Parfois décriés par leurs pairs, eux assument une prise de parti. Combien de journalistes en France peuvent ajouter à leur CV une fiche S, une interdiction de manifestation ou un procès sans en avoir été prévenu à l’avance ? Assurément bien peu. Ils s’appellent Gaspard Glanz, Nnoman Cadoret, Alexis Kraland ou Gaspard d’Allens. Ils sont journalistes, travaillent en freelance, ont leur propre média ou collaborent régulièrement avec des références de la presse alternative. D’aucuns les cantonnent à une étiquette de militants, à l’heure où la neutralité et l’« objectivité » sont souvent érigées en règle d’or de la profession. En témoignent les ressources considérables mobilisées par Le Monde, Libération ou l’AFP et leurs cellules de chasse aux fake news à grands coups de vérité factuelle. Les journalistes militants, les journalistes au passé militant ou tout simplement les journalistes engagés désertent et conspuent de plus en plus les médias dits traditionnels. Jean Jaurès, figure désormais consensuelle sur une grosse partie de l’échiquier politique, prônait la complémentarité d’une activité militante et de la recherche de la vérité. Récemment, certains journalistes issus de grands médias se sont retrouvés dans l’« autre camp » à la tête d’organes de presses résolument engagés. Outre Edwy Plenel, le plus emblématique, Hervé Kempf est devenu, après quinze ans passés au Monde, rédacteur en chef