701 LA DOUBLE FIGURE DE JOSEPH D’ARIMATHIE : HISTOIRE DE LA RÉCEPTION D’UN PERSONNAGE BIBLIQUE Régis Burnet Faculté de Théologie Université catholique de Louvain regis.burnet@uclouvain.be Pour beaucoup de nos contemporains qui ont lu (ou vu) des histoires res- sortissant aux multiples variations sur le cycle de la Table ronde, ou bien qui ont lu le Da Vinci Code ou vu le flm qui en a été tiré, Joseph d’Arimathie (ou d’Arimathée selon la tradition protestante 1 ) est avant tout le « créateur du Graal », cet objet mythique formé de la rencontre de la coupe de la Cène et du sang du Crucifé. Comment ce personnage secondaire des Évangiles a-t-il pu prendre une importance telle qu’il devienne le héros d’une postérité aussi 1. Le rendu d’Ἀριμαθαία en Arimathée ne semble pas remonter avant la Réforme. Dans la Queste del Saint Graal de 1220, on lit en effet « Arimacie » ( A. P AuPhilet, La Queste del Saint Graal roman du xiii e siècle, Paris 1923, p. 7, l. 23), tandis que le Saint Voyage à Jherusalem de 1395 propose « Barimathie » (F. BonnArdot – A. longnon, Le Saint Voyage de Jherusalem du seigneur d’Anglure, Paris 1878, p. 12, l. 27) On la trouve, pour la première fois à notre connaissance sous la plume de Calvin [J. CAlvin, Concordance qu’on appelle Harmonie, composée de trois Évangélistes, asçavoir S. Matthieu, S. Marc et S. Luc. Item l’Évangile selon sainct Jehan, le tout avec les commentaires de M. Jehan Calvin, Genève 1555, p. 576). Un curieux livre imprimé à Genève en 1887 intitulé Parlons français et sous- titré « quelques remarques pratiques dont on pourra profter en Suisse et ailleurs » confrme le fait. Sous le chapitre « fautes ou particularités tenant aux habitudes protestantes » et à côté de « ne dites pas le culte a lieu ce matin, dites le service a lieu ce matin » et de « ne dites pas Christ, la foi en Christ, dites le Christ, la foi au Christ », on trouve : « ne dites pas Ésaïe, Capernaüm, Arimathée, dites Isaïe, Capharnaüm, Arimathie » (W. Pludhun, Parlons français, Genève 1887, p. 15). La seule exception à cette orthographe « confessionnelle » est bien entendu le Péguy du Mystère de la charité de Jeanne d’Arc qui parle de ce « bon vieux » Joseph d’Arimathée ( C. Péguy, Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc, Paris 1941, p. 81-82), Péguy l’emprunte peut-être à son ami Gabriel Trarieux (le fls de Ludovic, fondateur de la Ligue des Droits de l’Homme), qui avait écrit une pièce intitulée Joseph d’Arimathée ( g. trArieux, Joseph d’Arimathée, drame, Paris 1898) que célébrèrent les Cahiers de la Quinzaine.