1 Ziemowit Szczerek La Pologne contre les Polonais Je roule beaucoup à travers la Pologne. J’aime ça. J’aime, par exemple, entrer sur l’ancien territoire allemand, observer les villages et les bourgades et deviner si c’est encore l’ancienne Russie ou déjà l’ancienne Allemagne. Je m’arrête et je marche dans les rues, je regarde cette patine polonaise sur les murs tantôt décrépis, tantôt déjà replâtrés – et cette patine polonaise me séduit de plus en plus. De temps à autre, je m’imagine à quoi ressemblerait cette post-Germanie polonaise de nos jours si elle était restée allemande. L’ordre. Ordnung . Je me l’imagine à Legnica, à Zielona Gora, à Szczecin – et il me prend l’envie de bâiller. J’aime l’Allemagne, mais je m’y endors au volant. Ah, cette façon obsessionnelle qu’ils ont d’apposer du vernis sur le réel, de lisser tout ce qui peut l’être. Bien entendu, la Pologne donne souvent dans l’excès inverse et a pour cette post- Germanie toute la sollicitude que l’on a pour un vieux garage. Convenons-en : ce n’est pas comme si elle exploitait les lambeaux de civilisation laissés ici par les Allemands selon le bon usage, et pourtant, Himmelherrgott, dans cette post-Germanie polonaise il se passe quelque chose d’épatant. Parce qu’il faut bien dire qu’en Allemagne il s’agit de se représenter très fort quelque chose en permanence pour ne