Françoise DAVIET-TAYLOR Ge- en moyen-haut-allemand ou l’évitement du particulier et du temps incarné Résumé : L’allemand du Moyen Âge a connu un large emploi du préfixe ge-, dans la préfixation des noms, des adjectifs, des verbes, et les formes ainsi composées coexistaient la plupart du temps avec la forme simple. Si la valeur du composé est repérable pour le nom, il n’en est pas de même pour le verbe. Quelle était la fonction de ce ge- préfixe verbal ? Est-il possible de relier ce ge- non nominal à son double nominal, et de chercher si la valeur de totalité unifiante repérée dans le nom s’applique au verbe ? Abstract: During the Middle Ages, the prefix ge- was widely used in German, appearing in nouns, adjectives and verbs. These composed forms usually existed alongside their simple, unprefixed counterparts. Yet although the various compositional values are not difficult to determine for nouns, the same is not true of verbs. What was the function of ge- when used as a verbal prefix? Is it possible to link this non-nominal ge- to its nominal double, and to examine if the “unifying-and-totalizing” value of ge- (in nouns) also applies to verbs? Mots-clé : Actualisation, aspect énonciatif, entier, chronogénèse, discongruence, évitement, général vs particulier, particule ge-, indice d’antériorité, « mise hors du temps », Levinas, réduction au singulier, Marache, moyen-haut-allemand, neutralisation, opération de pensée, stade précoce de la chronogénèse, trace d’opération, verbe. Depuis les beaux jours de la grammaire comparée, la question de la fonction des préverbes, et en particulier de ge-, n’a jamais cessé de préoccuper les linguistes, qu’ils soient germanistes ou anglicistes. Toutes les langues germaniques connaissent ce préverbe, le gotique sous la forme ga-, le vieil anglais et le vieux-haut-allemand sous la forme gi-, le moyen-haut-allemand sous la forme ge-. Or les études menées sur ge- distinguent entre diverses fonctions du préverbe, sans jamais expliquer si l’on peut passer de l’une à l’autre, et comment. C’est ainsi qu’Hermann Paul au début du siècle établit par exemple deux valeurs pour ge-, l’une ponctuelle (la valeur perfective), et l’autre « généralisante », valeur qu’il ne sait intégrer à quelque ensemble, puisqu’il la donne comme