LA PRÉSENCE À DIEU ET LA PRÉSENCE CHRÉTIENNE AU MONDE INTERPELLÉES PAR L’ENSEIGNEMENT ET LES EXEMPLES DE JÉSUS Philippe Gagnon Maître de Conférences Université Catholique de Lyon Séminaire Œcuménique Francophone de Théologie de l’Écologie 2019 Couvent Ste-Marie de La Tourette (Éveux-sur-l’Arbresle 69210) 7 - 10 juillet 2019 Résumé : La péricope où Jésus chasse les vendeurs du Temple (Mt 21, 12-13 ; Mc 11, 15-17 ; Jn 2, 13-22), a été lue et comprise comme établissant un ordre de séparation entre le caractère hiératique de l’activité faite au Temple, destinée à la glorification du Nom du Dieu Éternel, et la déviance par rapport à ce fait, observable dans les comportements mercantiles de ces marchands qui en auraient détourné l’orientation primitive. Comme il le fit pour le couple humain (« dès l’origine il n’en fut pas ainsi » Mt 19, 8), Jésus ramène le Temple à la signification primitive de lieu de rencontre de la Présence de Dieu. Si l’on porte attention à la présence de termes tels que « maison du Père » et « sanctuaire », et que l’on contraste ces dernières expressions à « monnaie des changeurs » et « maison de commerce », on peut subrepticement être entraîné à accentuer la séparation des deux ordres, celui de l’otium et celui du neg-otium. On connaît le succès de l’opuscule de Joseph Pieper, Le loisir comme base de la culture, accentuant cette radicalisation d’un besoin de vie bonne, à l’abri des atteintes de ce qui est commercial et commercialisable, pour que puisse se déployer la vraie vie de l’esprit. Nous souhaiterions relire cette péricope sous deux angles de lecture. Le premier consisterait à marquer de quelle manière la lecture séparatrice, qui parie sur la vie de l’esprit et la liberté qu’elle requiert, n’a en fait pas tout à fait saisi que le rétablissement du vrai culte de l’Éternel exige de concevoir autrement la séparation des ordres qui autorise à exploiter le monde en « temps normal », temps de l’activité, et invite à le voir autrement lorsque vient le jour du repos. Ensuite, dans un second temps, il s’agira de mieux comprendre les raisons de la présence des changeurs dans le Temple, et à rappeler que la sauvegarde de la maison commune, à laquelle nous sommes appelés de manière dramatique par le pape François dans Laudato Si’, ne pourra se préciser dans un retour unilatéral à une séparation des ordres, mais qu’il faudra au contraire réapprécier le rôle et la place du travail, des monnaies, point sur lequel la théorie de l’information peut nous éclairer, et ensuite, nous serons invités à repenser la présence du chrétien dans un monde qui est devenu, qu’on le souhaite ou non, lieu d’échanges économiques. Bibliographie : S. Abiteboul et G. Dowek, Le temps des algorithmes, Paris, Le Pommier, 2017. K. Aland, Synopsis Quattuor Evangeliorum, 13 e éd. rév., Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 1990. K. Barth, Épître aux Romains, trad. P. Jundt, Genève, Labor et Fides, 1972. J. Daniélou, Le signe du Temple ou De la présence de Dieu, Paris, Desclée, 1999. D. Godefridi, L’écologisme, nouveau totalitarisme ? Texquis, 2019. A. Heschel, The Sabbath, préf. de Susannah Heschel, New York, Farrar, Straus & Giroux, 2005. É. Levinas, Du sacré au Saint : Cinq nouvelles lectures talmudiques, Paris, Éd. de Minuit, 1977. É. Osty et J. Trinquet, La Bible, Paris, Seuil, 1988 (1973). J. Ratzinger, Un chant nouveau pour le Seigneur : La foi dans le Christ et la liturgie aujourd’hui, Desclée/ Mame, 2005. R. Ruyer, Éloge de la société de consommation, Paris, Calmann-Lévy, 1969. C.F. von Weizsäcker, The Unity of Nature, trad. F.J. Zucker, New York, Farrar, Straus & Giroux, 1980.