1 Marcin Klik La créativité dans la critique de Roland Barthes Traditionnellement la critique est considérée comme l’art de juger des oeuvres littéraires, comme le rappelle son étymologie grecque (krino signifie je choisis, je distingue). Sa tâche consiste donc à interpréter l’oeuvre interrogée, lui attribuer le sens canonique et l’évaluer selon les critères préalablement établis. En ce sens le discours critique paraît secondaire par rapport au discours littéraire. Cependant dans la seconde moitié du XX e siècle le statut de la critique littéraire change et pour la première fois dans son histoire elle se veut égale à la littérature. Ce changement coïncide évidemment avec l’apparition de la notion du texte dans la recherche littéraire. A la fin des années soixante les chercheurs groupés autour de la revue Tel Quel, parmi lesquels il faut mentionner Philippe Sollers, Jacques Lacan, Julia Kristeva et Jacques Derrida signalent les dangers encourus par le structuralisme. Peu à peu, ils abandonnent la thode structurale, ayant compris que l’institution d’un modèle narratif universel entraîne la mort de la forme individuelle et ne permet pas de rendre compte de toutes les potentialités de l’oeuvre. Roland Barthes, suivant l’exemple de ses amis « telquelistes », publie en 1970 S/Z 1 l’oeuvre qui constitue non seulement un exemple d’analyse textuelle de type nouveau mais qui contient aussi une riche reflexion sur les fins de la critique même. Dans S/Z le noyau central de la reflexion métacritique de Barthes constitue la notion du texte empruntée avec toutes ses implications méthodologiques à Julia Kristeva qui dans Semeiotiké (1969) 2 a défini cette catégorie comme « productivité », « pratique signifiante », « traversée dynamique des codes ». En tant que tel, le texte, s'oppose évidemment à l'oeuvre conçue comme structure close qui récuse la prolifération du sens. Ce qui caractérise surtout le texte, c'est le travail, la productivité infinie du sens. Ce travail se réalise grâce au procédé sémantique appelé connotation dans lequel le sens produit au niveau premier de la signification devient le signifiant du niveau second. Ce mécanisme n'a pas de bornes, de sorte que « les signes, reculant sans cesse leurs fondements, transformant leurs signifiés en nouveaux signifiants, ne s'arrêtent nulle part » 3 . Par conséquent le sens du texte est toujours en suspension. Il n'est pas un produit de la signification (l'acte qui unit le 1 R. Barthes S/Z, Paris 1970. 2 J. Kristeva Semeiotiké, Paris 1969. 3 R. Barthes Bruissement de la langue, Paris 1984, p.81.