Il pourrait paraître inutile de rouvrir ici le dossier déjà largement étudié des espaces sacrés dans le monde romain, alors que de nombreuses publications permettent de faire le point sur les notions de “sanctuaire” et de “lieu sacré” 1 . Pour Rome et le monde romain, nous disposons de sources qui permettent de saisir assez précisément la nature de « l’espace consacré », au sens technique que lui donnent les Anciens, ou plutôt des « espaces consa- crés » ; différentes définitions transmises par les juristes et les antiquaires laissent en effet penser qu’il existe plusieurs types de sacralité, formalisés dans un système tripartite, hérité du droit pontifical et distinguant entre sacrum, r eligiosum et sanctum. Le fonctionnement de ces trois catégories et leur histoire ont été également amplement étudiés, mettant en lumière leurs contradictions et l’évolution de la pensée juridique 2 ; mais, pour artificielle qu’elle puisse finalement paraître, la distinction proposée par les juristes n’en est pas moins révéla- trice de la façon dont étaient perçus ces lieux « consacrés » : non pas en vertu de leur des- tination cultuelle, mais en fonction de leur définition rituelle. I. La p ercep tion juridiq ue des « esp aces consacrés » Dans la jurisprudence impériale, les catégories du « sacré », du « religieux » et du « saint » sont présentées dans le cadre des res diuini iuris, des choses relevant du droit Éléments pour une définition rituelle des “ espaces consacrés” à Rome SYLVIA ESTIEN N E École Normale Supérieure – Paris UMR 8585 – Centre G. Glotz 1 Voir pour une approche linguistique M. Morani, “Sull’espressione linguistica dell’idea di santuario nelle civiltà classiche”, dans M. Sordi éd., S antuari e politica nel mondo antico, Milan 1983, p. 3-32 ; A. Dubourdieu – J. Scheid, “Lieux de culte, lieux sacrés : les usages de la langue. L’Italie romaine”, dans A. Vauchez dir., Lieux sacrés, lieux de culte et sanctuaires, Rome 2000 (= CEFR, 273), p. 59-80. Pour une approche juridique, P. A. Catalano, “Aspetti spaziali del sistema giuridico-religioso romano. Mundus, templum, urbs, ager, Latium, Italia”, dans A NRW , II, 16-2, Berlin-New York, 1978, p. 440-553. 2 Pour ne pas citer ici l’abondante bibliographie, je me permets de renvoyer à l’étude récente et exhaustive de M. de Souza, La question de la tripartition des catégories du droit divin dans l’Antiquité romaine, Saint -Étienne, 2004 (= Bibliothèque du Centre de recherche en histoire de l’Université de Saint –Étienne , n°1), avec bibliogra- phie ad loc.