La fabrique de l’action publique dans les pays « sous régime d’aide » Colloque International de l’APAD, Cotonou, 17-20 novembre 2015 1 Approvisionnement des médicaments contre le paludisme au Bénin et au Ghana Les tentatives de récupération « d’ ownership » par les Etats face aux acteurs transnationaux Jessica Pourraz 1 , Carine Baxerres 2 , Maurice Cassier 3 Introduction Changement de politique de lutte contre le paludisme à l’échelle globale et conséquences pour la mise à disposition des médicaments contre le paludisme au Bénin et au Ghana En Afrique à partir du début des années 1980, des résistances aux monothérapies (comme la chloroquine) pour le traitement du paludisme apparaissent chez le plasmodium falciparum, parasite à l’origine de la forme la plus dangereuse chez les humains. Bien que l’Organisation Mondiale de la Santé-OMS ait attendu l’année 2006 pour modifier officiellement ses directives de traitement du paludisme pour le continent africain et adopter les Combinaison Thérapeutique à base d’Artémisinine-CTA, elle recommande dès 2001 le choix des nouveaux traitements à partir d’un taux d’échec thérapeutique pour la chloroquine de 15 %. Quatre CTA sont conseillées par l’OMS en fonction de la preuve de leur efficacité: artémether-luméfantrine, artésunate-amodiaquine, artésunate-sulfadoxine pyriméthamine, artésunate-méfloquine 4 . Sur ces recommandations 5 , le Bénin et le Ghana changent tous deux leur politique en 2004 et adoptent les CTA afin de remplacer les « vieilles molécules » jugées inefficaces (chloroquine, sulfadoxine-pyriméthamine, méfloquine). Se pose pour les pays alors l’enjeu du coût élevé de ces nouveaux médicaments en remplacement de la chloroquine, médicament très bon marché, que le 1 Jessica Pourraz, Doctorante à l’EHESS, UMR 216 IRD, CERMES3, jessica.pourraz@ird.fr 2 Carine Baxerres, Anthropologue au sein de l’UMR 216 MERIT - Mère et enfant face aux infections tropicales, IRD - Université Paris Descartes – CERPAGE, carine.baxerres@ird.fr 3 Maurice Cassier, Sociologue, Directeur de Recherche au CNRS et responsable de l'axe "innovation et mondialisation du médicament et de la santé" au CERMES3-CNRS-INSERM-UPD-EHESS, cassier@vjf.cnrs.fr 4 World Health Organization, Antimalarial drug combination therapy: Report of a WHO Technical Consultation. Geneva, 2001, cité dans Fabienne ORSI, Jean-Benoît ZIMMERMANN, « Le marché des antipaludéens, entre régulation et défaillance », Mondes en développement, Vol.2, n° 170, 2015, pp. 4. 5 L’OMS recommande un changement de politique à partir d’un taux d’échec thérapeutique pour la chloroquine de 15 %. Les résultats des tests réalisés au Bénin (Atelier de consensus sur le changement de la politique de traitement antipaludique, document du PNLP, Bénin, mars 2004, pp. 4) et au Ghana (Anti-malarial Drug Policy, Ghana, Accra, 2014 : pp. 11) à partir de la fin des années 1990 et du début des années 2000 démontrent un taux d’échec thérapeutique moyen de 25 à 35%.