Les réformes des programmes de français selon la logique des compétences : enjeux, difficultés et implications Wassim El Khatib Texte intégral Le présent article rend compte d’un travail de recherche réalisé dans le cadre d’une thèse en sciences de l’éducation en 2009, portant sur les réformes curriculaires selon la logique des compétences, dans le contexte libanais. L’interrogation de base a trait aux enjeux, aux difficultés et aux implications de telles réformes sur l’enseignement du français au Liban. Cette recherche a permis d’identifier des défis de taille que pose une refonte des programmes scolaires basée sur l’approche par compétences et a éclairé, d’un jour nouveau, le phénomène du recul du français au Liban. Les réformes des programmes scolaires se basant sur l’approche par compétences se donnent comme objectif principal la centration sur l’apprenant et la prévention de l’échec, du retard et de la déperdition scolaires. Perrenoud (1996), dans son célèbre article intitulé « L’approche par compétences durant la scolarité obligatoire : effet de mode ou réponse décisive à l’échec scolaire ? », établit une connexion entre l’approche par compétences et la lutte contre les inégalités et l’échec scolaire et définit un certain nombre de conditions à remplir pour la mise en place d’une véritable approche par compétences. D’une manière plus précise, il affirme qu’il serait vain de parler de compétences si « […] on ne change pas de rapport à la culture générale, on ne reconstruit pas une transposition didactique à la fois réaliste et visionnaire, on ne touche pas aux disciplines et aux grilles horaires, on persiste à attendre d’un cycle d’études, avant tout, qu’il prépare au cycle suivant, on n’invente pas de nouvelles façons d’évaluer, on nie l’échec pour construire la suite du cursus sur du sable […] ». Prenant appui sur les programmes de 1997 (toujours en vigueur !) élaborés après trente ans de stagnation à cause de la guerre à caractère civil, nous avons cherché à savoir si la réforme curriculaire par les compétences, au Liban, répond aux objectifs susmentionnés, lesquels sont nettement soulignés : « Ces programmes permettront […] de respecter une progression dans les difficultés et les contenus adaptée aux besoins et au niveau des apprenants dans les différentes années de l’apprentissage. […] Prendre aussi en considération les acquis progressifs de l’apprenant dans un esprit positif de valorisation et d’encouragement (pédagogie de la réussite). »(CRDP Liban, 1997, p. 86) Pour ce faire, nous avons procédé à l’analyse des programmes de français, des mesures administratives censées assurer la mise en place des nouveaux programmes, du nouveau système d’évaluation et des manuels scolaires. Cette démarche heuristique a été complétée par une enquête sur le terrain sous forme d’entretiens avec les professeurs de français et les élèves francophones. Sur le plan curriculaire, le programme de français, appelé « Curriculum de langue et de littérature françaises » semble être construit à l’identique sur le programme français en