9 CAHIERS PHILOSOPHIQUES Hors-série 2019 HORS-SÉRIE Le désir DE L’OBJET DU TELOS AU SUJET DE LA UOLUNTAS. LE DESTIN STOÏCIEN DU VOULOIR 1 Marion Bourbon Dans cet article, nous cherchons à montrer que l’introduction par Sénèque de la notion de uoluntas n’est pas sans effet sur la représentation stoïcienne du telos, contre un certain nombre d’interprétations qui dénient à cette innovation lexicale la moindre originalité par rapport à la psychologie stoïcienne hellénistique. Le telos est réinscrit dans la perspective de la traversée de la conflictualité psychique dont le vouloir (uelle), dans sa constance, constitue la résolution. C’est dire combien la subjectivation engage le destin du désir, celui d’un conflit porté par la uoluntas, envisagée donc dans toute son historicité, et à ce titre devenue principe d’identité personnelle. Le telos fait apparaître plus explicitement qu’avant un sujet du vouloir, tout à la fois comme principe et comme effet du processus de subjectivation. E n un peu plus de cinq siècles, le stoïcisme a proposé au moins deux formulations du telos, cette fin que chaque homme doit viser lorsqu’il cherche à atteindre tout à la fois le bonheur et la vertu. La première, attribuée à Zénon, est celle du « vivre en accord (homologoumenôs ) » 2 , que cet accord soit décliné comme accord « selon une raison une et consonante (kath’ena logon kai sumphônon zên 3 » ) ou bien avec Chrysippe comme relatif « à l’expérience de ce qui se produit par nature ( empeiria) » 4 . On trouve la seconde chez Sénèque, dans une langue promise à un bel avenir philosophique, celle du 1. Cet article a été publié pour la première fois dans les Cahiers philosophiques n° 151, « Aperçus de la pensée stoïcienne », p. 59-72. 2. DL, VII 87 = SVF, I 179 = LS 63C. 3. Stobée, Eclogae, II, 75, 11 = SVF, I 179. 4. DL, VII 87 = SVF, III, 4 = LS 63C.