PALLAS, 111, 2019, PP. 95-111 Divinités conceptuelles et pouvoir dans le polythéisme romain Daniele Miano University of Sheffeld Introduction Le sujet de mon essai et la question d’histoire ancienne pour l’agrégation présentent certaines diffcultés ; l’une d’elles est de trouver une défnition historiographique satisfaisante. Par exemple, si le pouvoir est une question de rapports de force, on peut en choisir une défnition plus simple, qui comprend le pouvoir politique exercé par des entités publiques (le Sénat, le peuple de Rome, etc) ou des magistrats Mais on peut également choisir une défnition plus ample : celle-ci peut nous conduire, par exemple, à une analyse du discours, comme l’a fait valoir Michel Foucault, ou bien du pouvoir symbolique, comme l’a montré Pierre Bourdieu, ou encore à l’étude de concepts politiques et sociaux et de la compétition pour déterminer leurs sens, comme nous le proposent les historiens des concepts et du langage politique 1 . Nous pouvons également trouver plusieurs défnitions du polythéisme, partant du structuralisme classique de Jean-Pierre Vernant jusqu’à la défnition de Jan Assmann, qui en souligne fortement l’aspect sémantique et linguistique 2 Pour analyser les divinités dont il est ici question, il était presque évident d’opter pour une approche qui s’appuie sur les défnitions du pouvoir et du polythéisme valorisant l’aspect sémantique et linguistique Par divinités conceptuelles j’entends les dieux et (surtout) les déesses qui portent les noms de concepts Ce genre de divinités semble avoir été adoré dans la ville de Rome à partir de la période monarchique jusqu’à la fn de l’Empire. Les dates de fondations des temples dans la ville de Rome indiquent une période de foraison à partir de la fn du iV e siècle av J-C jusqu’au début du i er siècle av J-C, mais leur diffusion dans tout l’Empire romain continue ensuite sans interruption 3  Les divinités conceptuelles appartenaient à un espace liminaire entre langue et religion Elles contribuaient à la création d’un ensemble de concepts politiques et sociaux pour la ville de Rome, que des individus et 1 Pour une analyse de la République romaine impliquant des concepts sociologiques, voir Hölkeskamp, 2004 ; 2017 2 Par exemple Vernant, 1965 ; Assmann, 2008 ; Versnel, 2011 ; Pirenne-Delforge, Pironti, 2015 3 Clark, 2007, p 283-286